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samedi 24 avril 2010

Tyrone Power

Superstar des années 30-40, Tyrone Power est allé de succès en succès durant toute sa carrière jusqu’à ce terrible 15 novembre 1958 où il est terrassé par une crise cardiaque sur le tournage du film Salomon et la Reine de Saba. Il n'avait que 44 ans.

Né à Cincinatti (Ohio), le 5 mai 1913, dans une famille de comédiens, c’est tout naturellement que Tyrone Power embrassa la carrière d’acteur. Il fut découvert par Darryl Zannuck qui lui mit le pied à l’étrier avant de signer à la 20th Century Fox où il fit l’essentiel de sa carrière cinématographique. Si Tyrone Power n’était pas considéré comme un grand comédien, il a pourtant réussi une carrière remarquable, couronnée de succès, que son physique séduisant et sa gentillesse, souvent louée, ne suffisent pas à expliquer. Très populaire dans les années 30 et 40, ce brun ténébreux joua tout d’abord dans des romances avant de concurrencer Errol Flynn dans les rôles d’aventuriers : il fit toutes les guerres et porta des costumes de toutes les époques. On le vit en cowboy, pirate, toréador, conquistador, chevalier, militaire dans l’armée de l’air, de terre ou dans la marine, scientifique voyageant dans le temps, prophète Mormon ou encore roi d’Israël.

Le metteur en scène favori de Tyrone Power était Henry King. Les deux hommes tournèrent onze films ensemble dont Lloyds de Londres (1936), Le Brigand bien aimé (1939), Le Cygne noir (1942) ou Le Soleil se lève aussi (1957) d’après Hemingway. Parmi les autres films que tourna Tyrone Power, citons La Folle parade (1938), Brigham Young (1940), Le Signe de Zorro (1940), La Dernière flèche (1952), Ce n’est qu’un au revoir (1955), Tu seras un homme mon fils (1956) ou Témoin à charge (1957).

Mais les rôles les plus intéressants de Tyrone Power ne sont pas toujours les plus connus. Ainsi, Le Charlatan (1947), fut un échec mais beaucoup le considère aujourd’hui comme son meilleur film. Dans ce conte d’une grande noirceur, qui se déroule dans un petit cirque ambulant, Power interprète un personnage peu sympathique à la destinée tragique. Un autre de ses rôles ambitieux est celui qu’il interprète dans Le Fil du rasoir (1946) d’après le roman célèbre de Somerset Maugham.

Dans les années 50, Tyrone Power se fit plus rare. Cela ne l’empêcha pas de jouer au théâtre et de tourner des films en free-lance. C’est ainsi qu’il s’engagea dans le péplum américano-italien Salomon et la reine de Saba en 1958. Le film fut dirigé par le vétéran King Vidor avec George Sanders et Gina Lollobrigida. Le tournage eu lieu en Espagne. Il ne restait que les scènes de gros plans à tourner quand le drame eu lieu. Le 15 novembre 1958, au cours du tournage d’une scène de duel à l’épée avec l’acteur George Sanders, Tyrone Power fut victime d’un malaise cardiaque. L’acteur demanda une pause et son cardiologue le rejoint. Le médecin, présent sur le plateau depuis que l’acteur s’était plaint de douleurs à la poitrine et au bras quelques temps auparavant, fut impuissant face au malaise de l’acteur qui suffoquait. Avec l’aide des deux producteurs du film, il embarqua donc la star à bord de la voiture la plus rapide, le coupé sport de Gina Lollobrigida, et le transporta d’urgence à l’hôpital le plus proche. En vain. A 13h15, un quart d’heure après son arrivée à l’hôpital, Tyrone Power s’éteignait. Il n’avait que 44 ans *.

L’acteur laissait derrière lui une femme (sa troisième après l’actrice française Annabella puis Linda Christian) et trois enfants. Le film Salomon et la reine de Saba sortit au cinéma mais avec Yul Brynner qui remplaça Tyrone Power sur les scènes en gros plan alors que sur les plans plus lointains on peut voir le vrai Power.

* L’histoire du tournage tragique de Salomon et la reine de Saba est racontée dans un chapitre du livre Secrets de tournages de Henry-Jean Servat, Le Pré aux Clercs, 2001.

Robert Wise

Cinéaste légendaire, auteur de nombreux succès dont le fameux West Side Story et le terrifiant La Maison du diable, Robert Wise est décédé d’une crise cardiaque le 14 septembre 2005. Il avait 91 ans. Retour sur la carrière d’un cinéaste sept fois nominés aux Oscars (4 victoires) et dont les films permirent de récolter 67 nominations (19 victoires).

Né le 10 septembre 1914 à Winchester dans l’Indiana, Robert Wise est devenu cinéaste par accident. La crise économique de 1929 l’obligea à abandonner ses études, ses parents et sa ville natale pour partir travailler à Los Angeles. Il avait 19 ans et son frère, qui travaillait à la RKO, venait de lui trouver un petit job au studio. Petit à petit, Wise s’approcha du plateau, toucha à tout les métiers et fini par devenir monteur. On lui doit notamment le montage de deux des meilleurs films d’Orson Welles : Citizen Kane (1941) et La Splendeur des Amberson (1942).


Des débuts réussis

Puis les studios finirent par lui confier la réalisation de films après qu’il ait réussi à remplacer, au pied levé, un réalisateur en difficulté sur le tournage d’une série B fantastique, intitulée La Malédiction des hommes-chats (1944). Robert Wise montra alors tout son savoir-faire en passant d’un genre à l’autre avec le même bonheur. Né pour tuer (1947), Nous avons gagné ce soir (1949), Le Jour où la terre s’arrêtera (1951), La Tour des ambitieux (1954), Marqué par la haine (1956) et Je veux vivre (1958), sont les films les plus côtés de sa première partie de carrière.


Le secret de son succès
Le succès de Robert Wise vient de son efficacité. L’homme savait terminer un film dans les temps. Pour y parvenir, il accordait une importance primordiale à la pré-production. Ainsi il préparait tout à l’avance avec le plus grand soin : script, documentation, casting, décors et lieux de tournage… Inutile de dire qu’il était un chaud partisan des story-boards. Cette préparation minutieuse lui permettait de savoir exactement ce qu’il voulait et de boucler ses scènes en très peu de prises, pour la plus grande joie de ses producteurs et des acteurs qu’il a dirigé. Ce besoin de tout maîtriser, l’amena à devenir son propre producteur.


La décennie prodigieuse

Dans les années 60, Robert Wise franchit un cap en réalisant des films incontournables. West Side Story (1961), comédie musicale à succès du compositeur Leonard Bernstein, adapte l’histoire de Roméo et Juliette au New York des années 50. Co-réalisé par le chorégraphe Jerome Robbins, le film obtint 11 Oscars et un succès critique et public énorme. Sans doute est-ce la raison qui poussa Robert Wise à filmer une autre comédie musicale, cette fois-ci signée Rodgers & Hammerstein, La Mélodie du bonheur (1965) avec l’actrice Julie Andrews. Le film connut un succès terrible au box-office contrairement à Stars (1968), comédie musicale de Wise dans la même veine mais sortie à une époque où la légèreté n’était plus de mise. Qu’à cela ne tienne, Robert Wise sait faire autre chose. Son film La Maison du diable (1963) n’est-il pas l'un des films le plus effrayant de l’histoire du cinéma ? Un film en noir et blanc, sans effets spéciaux, où tout est suggéré : la terreur qui se lit sur le visage de son interprète principale, Julie Harris, le mal invisible dont on peut sentir la présence oppressante, entre ombre et lumière. Pas d’effets gores car la plus grande des peurs est celle de l’inconnu, répond Wise à ceux qui lui demandent pourquoi il n’a rien montré. Le maître avait bien raison : Hantise (1999), le remake bourré d’effets spéciaux de Jan De Bont n’a pas fait trembler grand monde. Enfin, pour Wise, les années 60, ce sont aussi celles de La Canonnière du Yang-Tsé (1966), un excellent film de guerre avec le jeune Steve McQueen.


La fin d’une grande carrière

A partir des années 70, Robert Wise s’active en coulisse : il est président de la DGA (Directors Guild of America) de 1971 à 1975 puis de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences de 1985 à 1988. Il se fait en revanche plus discret sur les plateaux. Ses films sont néanmoins remarqués et collent toujours aux goûts de l’époque comme cette adaptation d’un roman de Michael Crichton, Le Mystère Andromède (1971), le film catastrophe L’Odyssée du Hindenbourg (1975) ou la première aventure cinématographique de monsieur Spock et de ses compagnons dans Star Trek, le film (1979). Rooftops (1989), le dernier film de Robert Wise pour le cinéma passe inaperçu. Un film de danse. Il ne s’agit pourtant pas là de la dernière œuvre du cinéaste qui met en scène pour la télévision A Storm in Summer (2000) d’après un scénario de Rod Sterling, le créateur de La Quatrième dimension.

George Pan Cosmatos

Mort d’un cancer du poumon à l’âge de 64 ans, le 19 avril 2005, George Pan Cosmatos était un cinéaste efficace à qui l’on doit les films d’action à succès Le Pont de Cassandra, Rambo II, Cobra et Tombstone.

Il y a deux semaines, le cinéaste Richard Donner annonçait à la presse, la mort de son confrère et ami George Pan Cosmatos. On sait peu de chose de la vie de George Pan Cosmatos. Il semble que personne ne se soit intéressé à ce cinéaste rare qui donna pourtant au cinéma plusieurs grands succès. Il faut dire que si ses films déplacèrent les foules, ils ne suscitèrent que réprobation voire colère de la part des critiques.

Né à Florence le 4 janvier 1941, Yorgo Pan Cosmatos, alias George Pan Cosmatos, grandit en Egypte puis à Chypre. Polyglotte (il parle six langues), bibliophile, il adore les cigares et se passionne pour la restauration de films. Il apprend la mise en scène en Grèce en travaillant comme assistant sur des films tels que Zorba le Grec ou Exodus d’Otto Preminger avant de réaliser son premier film en 1970.

Les 70s – De l’apprentissage au premier succès

The Beloved (1970) est une histoire d’adultère qui vire au drame, écrite pour l’actrice Raquel Welch, sex-symbol de l’époque. Une coproduction Gréco-Britannique rare, considérée comme sans grand intérêt, avec Richard Johnson et Jack Hawkins. L’échec de ce premier film n’empêchera pas George Pan Cosmatos de mettre en scène un film de guerre américain trois ans plus tard : SS Représailles (1973). Cette histoire de résistance italienne à l’occupation nazie met en évidence le savoir-faire de Cosmatos dans les films d’actions. Cosmatos y dirige Richard Burton et Marcello Mastroianni.

Ayant fait ses preuves, George Pan Cosmatos se voit donc confier un film délicat à mettre en scène. Le Pont de Cassandra (1976) est une importante co-production européenne avec une pléiade de vedettes internationales : Sophia Loren, Richard Harris, Martin Sheen, O.J. Simpson, Lionel Stander, Ingrid Thulin, Ava Gardner, Burt Lancaster, Lou Castel, Alida Valli et Lee Strasberg, le fameux professeur d’art dramatique qui créa l’Actor’s Studio. Sombre et angoissante, cette histoire de train de luxe transportant un passager contaminé par le virus de la peste est une réussite et l’on considère souvent Le Pont de Cassandra comme l’un des meilleurs films catastrophe.

George Pan Cosmatos fait désormais partie des réalisateurs capables de mener à bien des superproductions à grand spectacle et c’est tout naturellement qu’on lui confie une grosse production britannique sur la résistance grecque à l’occupation nazie : Bons Baisers d’Athènes. Le film réunit une fois de plus un casting prestigieux : Roger Moore, Telly Savalas, David Niven, Stefanie Powers, Claudia Cardinale, Elliott Gould, Sonny Bono (ex-Sonny & Cher) et même William Holden en cameo. Un film divertissant qui n’égale cependant pas Le Pont de Cassandra.

Les 80s – Le rêve américain


Dans les années 80, George Pan Cosmatos répond à l’appel d’Hollywood. Il faut dire que le cinéaste à de quoi séduire les studios hollywoodiens. Il a acquis au fil des ans la réputation d’un metteur en scène travailleur, sachant boucler un tournage en temps et en heure sans dépassement de budget.

Il tourne d’abord un petit film d’horreur americano-suédois : Terreur à domicile (1983) avec Peter Weller. L’histoire d’un homme qui veut passer un week-end studieux dans sa maison mais va devoir y affronter un rat. Un petit film rare qui jouit d’une honnête réputation.

Puis Stallone fait appel à Cosmatos pour réaliser une suite à l’excellent Rambo, le fameux Rambo II : la mission (1985). Cette fois, John Rambo retourne au Vietnam où, seul, il va délivrer les GI qui y sont encore retenus prisonniers. Le scénario de ce film rappelle celui d’un jeu d’arcade tant il est basique. D’abord écrit par James Cameron, il fut retouché par Sylvester Stallone qui supprima notamment le personnage du coéquipier de Rambo que devait interpréter John Travolta. Comme à son habitude, George Pan Cosmatos excelle à mettre en scène ce film d’action à grand spectacle et c’est sans doute grâce à lui que Rambo II fut l’un des plus grands succès commerciaux des années 80.

L’année suivante, Stallone fait tout naturellement appel à lui pour Cobra (1986). L’histoire de Mario Cobretti dit Cobra, flic de choc, qui traque un serial-killer hystérique à la tête d’une horde de guerriers, est tiré du roman « Fair Games » tout comme un autre nanar Fair Games avec Alec Bladwinn et Cindy Crawford. Cobra était important pour Stallone qui se mordait les doigts, dit-on, d’avoir refusé le rôle d’Axel Foley dans Le Flic de Beverly Hills et qui imaginait le film comme le premier d’une longue série. En écrivant le scénario, l’acteur a calqué son personnage sur celui de L’Inspecteur Harry de Clint Eastwood. Hélas, pour faire un bon film, il faut un bon scénario et ce ne fut pas le cas pour Cobra. Le film ne fut certes pas un échec commercial mais le succès ne fut pas à la hauteur des espérances de Stallone. Dommage pour la mise en scène nerveuse de Georges Pan Cosmatos à l’image de la scène de fusillade dans une supérette qui ouvre le film.

Qu’importe, George Pan Cosmatos finira la décennie sur Leviathan (1989), un bon film de science-fiction sous-marine à la Alien, avec Peter Weller et Richard Crenna, qui connaîtra un petit succès mais restera dans l’ombre du Abbys de James Cameron, sorti la même année.

Les 90s – Le chef d’œuvre du petit maître


Au début des années 90, Kevin Costner se lance dans une nouvelle épopée western, encouragé par le triomphe de Danse avec les loups. Il s’agit d’une biographie de Wyatt Earp, héros souvent incarné au cinéma, connu pour sa participation au fameux règlement de compte à OK Corral dans la petite ville de Tombstone. Le film sera produit par la Warner Bros et aura une distribution impressionnante. Pour profiter de la publicité faire autour de Wyatt Earp par ce projet très médiatisé, Cinergi Pictures Entertainment et Hollywood Pictures se lancent dans la production de Tombstone, un projet qui suit également Wyatt Earp mais reste centré sur la fusillade à OK Corral. Le casting est tout aussi impressionnant que celui de la Warner : Kurt Russell, Val Kilmer, Sam Elliott, Bill Paxton, Powers Boothe, Michael Biehn, Charlton Heston, Jason Priestley, Billy Bob Thornton, Harry Carey Jr, Billy Zane…. Avec en prime un authentique descendant de Wyatt Earp et surtout Robert Mitchum comme narrateur.

La production n'appréciant pas le travail du réalisateur initialement prévu, elle le remplace par George Pan Cosmatos. Celui-ci mènera une opération commando, réalisant Tombstone en 62 jours pour un budget raisonnable. Le film peut ainsi sortir bien avant le Wyatt Earp de Costner et le public se précipite et aime. Il faut dire que le film dépeint avec le plus grand réalisme le Far West de l’époque, propose des scènes de fusillades extrêmement spectaculaires et bénéficie d’une interprétation de tout premier ordre de Val Kilmer dans le rôle de Doc Holliday.

Hélas, George Pan Cosmatos ne profita pas du succès de Tombstone. Il ne revint derrière la caméra que pour Haute Trahison (1997) avec Charlie Sheen, Donald Sutherland, Linda Hamilton et Ben Gazzara. Un thriller à la Maison Blanche sur fond de conspiration qui ne tint pas toutes ses promesses. Peu après la femme de George Pan Cosmatos, la sculpteuse suédoise Birgitta Ljungberg mourait puis le cinéaste, qui souffrait des yeux, devint aveugle après une opération chirurgicale en 2003. C’en était fini de la carrière d’un petit maître du cinéma qui tourna beaucoup trop peu et qui n’est resté, volontairement ou involontairement, qu’un cinéaste de commande.

Thelma Todd

Aujourd’hui la plupart des gens ont oublié Thelma Todd. Et pourtant cette ravissante actrice que l’on surnommait la « Ice Cream Blonde » a fait coulé beaucoup d’encre en son temps. Sa mort à l’âge de 30 ans dans des circonstances plus que mystérieuses demeure une énigme, et si cela fait plus de 60 ans que le drame s’est produit, il procurerait encore bien des sueurs froides puisque apparitions et évènements surnaturels se produiraient là où vivait l’actrice. La rumeur court à Hollywood, le fantôme de Thelma Todd hante la ville et il veut nous faire comprendre ce qui s’est passé cette terrible nuit du mois de décembre 1935. Flashback.

Lundi 16 décembre 1935. La police de Los Angeles pénètre dans la villa du réalisateur Roland West, perchée sur une colline qui surplombe la fameuse « Pacific Coast Highway », entre Santa Monica et Malibu. Dans le garage, à l’intérieur d’une Packard, les policiers découvrent le corps inanimé d’une jolie blonde de 30 ans, l’actrice Thelma Todd, surnommée la « Ice Cream Blonde ».

Thelma Todd était née en 1905 dans le Massachusetts. Après de brillantes études, elle devint institutrice tout en arrondissant ses fins de mois en se présentant à des concours de beauté. C’est ainsi qu’elle fut repérée par un agent de la Paramount qui la fit engager en 1925. Thelma s’imposa rapidement dans le rôle de la belle femme espiègle et rusée dans les comédies. On la vit ainsi dans deux classiques des Marx Brothers : Plumes de cheval et Monnaie de singe, dans Nevada, un western avec Gary Cooper puis dans Corsair, un film de gangsters assez violent dirigé par son futur mari Roland West. Au moment de sa mort, elle venait de débuter le tournage de La Bohémienne, aux côtés de Laurel et Hardy.

Cause probable du décès : inhalation de monoxyde de carbone. A première vue, pas de doute, il s’agit d’un suicide classique, elle s’est enfermée dans sa voiture et a laissé tourner le moteur pour inhaler le gaz mortel. Certes la suicidée était une actrice riche et célèbre à qui tout réussissait mais personne n’est à l’abri d’une dépression. Et puis la réussite sociale cache parfois une vie privée désastreuse. Et n’était-ce justement pas le cas de Thelma Todd qui ne filait plus le parfait amour avec son mari Roland West, et qui s’était disputé avec son ex-mari, à une réception hollywoodienne, quelques heures à peine avant sa mort ?

Seulement voilà, Thelma Todd n’a laissé aucun mot pour expliquer son acte. De plus, on a retrouvé des tâches de sang sur les vêtements de l’actrice. Plutôt surprenant pour un suicide « propre ». Et puis le médecin légiste, chargé d’examiner le cadavre, fit des découvertes encore plus troublantes. Le corps de Thelma Todd était couvert de bleus, plusieurs côtes étaient cassées, et son visage n’avait pas été épargné : son nez et l’une de ses dents avaient été brisés. Difficile de croire à un suicide après de telles révélations. Alors s’il y a eu meurtre, qui est le coupable ? C’est ce que les enquêteurs ont tenté de déterminer, en vain.
Le mari arrivait en tête sur la liste des suspects car il était le dernier à avoir vu Thelma vivante. Il avait également reconnu avoir eu une violente querelle avec sa femme lors de la nuit fatidique. Enfin, lors de son interrogatoire, il semblait se contredire. Bref, il avait tout du coupable idéal mais un bon alibi lui permit d’être acquitté lors du procès.

Qu’à cela ne tienne, le procureur tenait un autre suspect en la personne du célèbre gangster Lucky Luciano. Luciano s’intéressait de près au « Roadside Rest Café », le bar de Thelma Todd. En effet, le Roadside était fréquenté par les stars de cinéma et Luciano, qui souhaitait s’attaquer au marché californien, avait le projet d’y installer un tripot clandestin de luxe à l’étage. Mais lorsqu’il était venu faire sa proposition à Thelma Todd, l’actrice l’avait envoyé promener avec causticité. Le gangster était reparti furieux. Etait-il le coupable ? C’est fort possible mais l’enquête du procureur fut stoppée nette par son supérieur. Affaire classée. Faute de preuve, la justice décida que Thelma Todd s’était suicidée.

Thelma Todd fut enterrée au « Forest Lawn Cemetery ». La foule vint en nombre, ce jour-là, glisser un œil dans le cercueil ouvert où le corps de l’actrice reposait, couvert de roses jaunes.

Roland West, le mari de Thelma Todd, ne tourna plus jamais de film après cette affaire. Il mourut en 1952.

Lucky Luciano est mort d’une crise cardiaque en 1962.

La mort de Thelma Todd demeure un mystère. Et c’est peut-être pour cette raison, que les employés de la société de production qui se trouve dans les locaux où était autrefois le Roadside Rest Café auraient aperçu le spectre de la « Ice Cream Blonde ». Peut-être doit-on aussi voir dans ce meurtre insoluble la raison pour laquelle, sur les lieux du crime, on pourrait parfois entendre, sans explication, le son d’un moteur de voiture qui tourne, ou sentir l’odeur entêtante du monoxyde de carbone…

Jayne Mansfield

On connaît assez peu la vie de cette blonde idiote, explosive et plantureuse apparue dans une dizaine de films, le plus souvent assez mineurs dans l’histoire du cinéma. Pourtant en son temps, Jayne Mansfield a beaucoup fait parler d’elle. Pin-up provocante, elle faisait tout pour ressembler à Marilyn Monroe. Une Marilyn un peu vulgaire qui s’arrangeait toujours pour mettre en avant sa poitrine proéminente pour voler la vedette aux autres actrices dans les soirées hollywoodiennes. Une actrice qui plaisait beaucoup, notamment aux Beatles qui déclarèrent un jour que c’était la star de cinéma américaine qu’ils aimeraient le plus rencontrer (et ils eurent la chance de la rencontrer lors de leur tournée américaine). Enfin Jayne Mansfield connut une fin tragique comme beaucoup de stars hollywoodiennes. Un accident de voiture, aussi violent que stupide, sur la route de la Nouvelle-Orléans alors qu’elle n’avait que 34 ans.

Jayne Mansfield, Vera Jayne Palmer de son nom de jeune fille, est née le 19 avril 1933 dans un petit patelin de Pennsylvanie. Petite fille, elle rêvait déjà de devenir une star de cinéma et rien n’a pu la détourner de son chemin. Le malheureux Paul Mansfield avait sans doute cru avoir fait le plus dur en l’épousant puis en l’engrossant en 1950 mais cela n’empêcha pas Jayne de divorcer deux ans plus tard et de s’installer à Hollywood.

Dans la Mecque du cinéma, cette fausse blonde à la poitrine généreuse fut d’abord employée dans un cinéma avant de travailler comme modèle et obtenir un grand succès auprès des photographes et des journalistes qui croisèrent son chemin. On ne parlait plus que de cette fille incroyablement sexy qui affolait les jurys des concours de beauté et qui fut miss Février 1955 à Playboy. C’est ainsi qu’elle se fit remarquer et embaucher pour jouer dans la pièce à succès LA BLONDE EXPLOSIVE à Broadway en 1955. Un rôle qui lui permit de signer dans la foulée un contrat avec la Fox.

En 1956, Jayne fit de nouveau parler d’elle dans la presse en épousant Mickey Hargitay, un Mr. Univers qu’elle venait de piquer à une autre blonde pulpeuse, la vieillissante Mae West. Le mariage fut fertile puisque trois enfants virent le jour. Cela n’empêcha pas Jayne Mansfield de devenir une star de cinéma dès 1956 dans La Blonde et moi. Jayne y tient le rôle d’une blonde idiote et peu douée pour le chant qu’un musicien doit transformer en vedette de cette nouvelle musique appelée « Rock and roll ». Cette comédie loufoque, ponctuée de gags à la Tex Avery et de numéros musicaux de pionniers du rock (Little Richard, Gene Vincent, Fats Domino…), est le meilleur film de la courte filmographie de Jayne Mansfield.

L’actrice enchaîna avec Les Naufragés de l'autocar, l’adaptation d’un roman de Steinbeck, La Blonde explosive dans lequel elle reprit le rôle qui avait fait son succès à Broadway, Embrasse-la pour moi, qui lui permit de jouer avec Cary Grant, et La Blonde et le shérif, un western parodique très sympathique qu’elle tourna en Grande-Bretagne au côté de Kenneth More. Sur scène, elle fut aussi très présente, reprenant le rôle qu’interprétait Marilyn Monroe au cinéma dans BUS STOP ou donnant des spectacles musicaux à Las Vegas.

Mais Jayne Mansfield dut surtout son succès à ses apparitions remarquée à la télévision et dans les journaux où on l’a voit, le plus souvent, posant, la poitrine bien en avant, dans sa maison rose bonbon, le fameux « Pink Palace », ou lascivement allongée devant sa piscine en forme de cœur. Elle était également populaire pour ses excentricités : elle aurait commercialisé l’eau de son bain (10 $ la bouteille).

Sa carrière s’interrompit brutalement en 1967. Jayne Mansfield qui avait passé sa vie à imiter Marilyn Monroe allait connaître elle aussi un destin tragique. C’était le 29 juin. Jayne se rendait à la Nouvelle-Orléans pour y enregistrer une émission de télévision. Dans la voiture, Jayne Mansfield était accompagnée de Sam Brody, son avocat, de Ronnie Harrison, son chauffeur, et de ses trois derniers enfants. Ces derniers étaient installés sur la banquette arrière alors que leur mère était à l’avant en compagnie de Ronnie Harrison et Sam Brody. Et soudain ce fut l’accident. Un accident stupide. Le chauffeur, aveuglé par un nuage de pesticide alors qu’il négociait un virage particulièrement dangereux, perdit le contrôle du véhicule qui percuta de plein fouet un camion qui arrivait en sens inverse. Les trois passagers à l’avant furent tués sur le coup. On a pu lire dans les journaux de l’époque que la collision fut tellement violente que la star fut décapitée. Des faits qui seront contredits des années plus tard par le médecin légiste en charge de l’affaire qui rapportera que seul le sommet du crâne de l’actrice fut arraché. Par miracle les enfants de l’actrice survécurent à la tragédie n’ayant à déplorer que de simples contusions.

Ainsi finit la vie de la très populaire Jayne Mansfield dont on parle encore grâce aux deux films de Frank Tashlin dans lesquels elle tient la vedette La Blonde et moi et La Blonde explosive. Les cinéphiles qui partiront en pèlerinage à Hollywood et qui voudront retrouver la trace de Jayne Mansfield, n’auront malheureusement plus la chance de voir l’excentrique demeure de l’actrice car le légendaire Pink Palace fut démoli par un promoteur en 2002.

Steve Martin

Acteur sympathique aux cheveux précocement blancs, Steve Martin nous fait rire depuis maintenant trois décennies. On ne se lasse pas de ce personnage roublard et grimaçant qu’il interprète de film en film et qui ressemble un peu à un Louis de Funès jeune et politiquement incorrect. Mais, qu’on se le dise, Steve Martin ne fait pas que des pitreries. Il est aussi scénariste, dramaturge, romancier et chroniqueur pour le très sérieux New Yorker.

Né au Texas en 1945, Steve Martin vit en Californie depuis l’âge de cinq ans. C’est à Disneyland, juste à côté de chez lui, qu’il fait ses premiers petits boulots puis ses premiers numéros. Parallèlement à cela il étudie la philosophie et le théâtre à l’université. Puis pendant les années 70, Steve Martin se fait un nom dans le business en écrivant des sketchs pour divers humoristes. La consécration vient avec la fameuse émission télévisée américaine Saturday Night Live pour laquelle Steve Martin écrit et interprète de nombreux sketchs. Une bonne école et un bon tremplin pour se lancer dans le cinéma. Ses premiers films, que bien souvent il co-écrit, attirent déjà l’attention. Les meilleurs sont réalisés par son complice Carl Reiner : Un vrai Schnock (1979), L’Homme aux deux cerveaux (1983), Solo pour deux (1984) et Les Cadavres ne portent pas de costards (1982). Les trois premiers sont de joyeuses farces ponctuées de numéros hilarants de Steve Martin. Le dernier est moins drôle mais fait la joie des cinéphiles puisqu’il contient de très nombreux plans découpés dans les classiques du film noir américain. Cela permet à Steve Martin de donner la réplique à Humphrey Bogart, Lana Turner, Ava Gardner, Cary Grant…

A la fin des années 80, Steve Martin abandonne le burlesque pour des comédies plus sophistiquées à la manière des comédies d’antan de Capra et Hawks. Tout a commencé avec Roxanne (1987), une adaptation contemporaine de Cyrano de Bergerac. Le scénario et l’interprétation de Steve Martin sont remarqués et récompensés et le film devient la comédie de l’été aux Etats-Unis. Suivront d’autres films à grand succès tels que Portrait craché d'une famille modèle (1989), Le Père de la mariée (1991) qui connaîtra une suite en 1995, et l’excellent et très personnel L.A. Story (1991). Mais les meilleurs films de cette seconde période sont souvent dus à la très bénéfique collaboration entre l’acteur et Franck Oz, le metteur en scène de comédie le plus doué de sa génération. Les deux hommes, qui ont travaillé ensemble pour la première fois dans la comédie musicale délirante La Petite boutique des horreurs (1986), ravissent le public avec l’hilarant Le Plus escroc des deux (1988) dans lequel deux filous débordant d’imagination (Steve Martin et Michael Caine) se livrent un duel sans merci pour le contrôle d’une petite ville de la Côte d’Azur et le cœur d’une femme. Martin et Oz se retrouve en 1992 pour une nouvelle réussite : Fais comme chez tois ! Dans cette comédie désopilante, Steve Martin doit faire face à une mythomane survoltée (Goldie Hawn) qui prétend être sa femme et s’installe dans sa vie. Enfin, Oz réalise Bowfinger, roi d'Hollywood (1999), moins drôle que les deux films précédents mais qui contient quelques gags irrésistibles. Steve Martin y interprète un metteur en scène qui filme une star d’Hollywood (Eddie Murphy) à son insu pour en faire le premier rôle de son film de science-fiction.

Steve Martin est maintenant entré dans une troisième période. Il se consacre d’avantage à l’écriture. Il écrit des scénarios bien sûr mais aussi des pièces de théâtre, des romans et des chroniques pour le très fameux magazine culturel The New Yorker. Celles-ci ont été publiées en France dans un recueil intitulé « Effets indésirables ». On commence aussi à voir Steve Martin dans des films plus sérieux comme Grand Canyon (1991) ou La Prisonnière espagnole (1998). Mais que l’on se rassure, il n’a pas abandonné les pitreries comme le prouve Bronx à Bel Air (2003) et Treize à la douzaine (2003) qui firent un triomphe aux États-Unis.

Pearl White

Peu de gens connaissent Pearl White de nos jours. Et pourtant cette femme, probablement née en 1889 dans le Missouri (USA), est considérée comme la première star de cinéma. Elle devint l'idole des adolescentes et des adolescents dans les années 10 grâce au rôle de Pauline dans un film à épisodes qui faisait d'une femme l'héroïne d'un film d'action. Du jamais vu ! A la fin des aventures de Pauline suivirent de nombreuses séries similaires qui connurent toutes un grand succès. Et les films de Pearl White, principalement produits par Pathé, le distributeur qui couvrait le mieux la planète à l'époque, firent de cette fausse blonde (ses cheveux étaient châtains mais elle portait une perruque blonde pour ses films) une star internationale. On parlait d'elle jusqu'au Japon et elle comptait parmi ses plus célèbres admirateurs l'artiste français Jean Cocteau et le malheureux tsar de Russie Nicolas II.

Les historiens du cinéma ont bien du mal à reconstituer la vie de Pearl White. En effet l'actrice souffrait sans doute de mythomanie tant les rares informations retrouvées à son sujet diffèrent de celles qu'elle a données dans les différentes interviews qu'elle accorda à la presse. Elle mentit sur son âge, bien sûr, mais aussi sur son enfance et sa famille (son père censé être mort très tôt dans son enfance lui survécut !). Sa version des faits ressemble à un roman-feuilleton rocambolesque. Elle serait issue de l'une des familles les plus pauvres des États-Unis et mis à part sa mère et sa sœur, tous les autres membres de sa famille, pourtant très nombreuse, n'auraient pas survécu. Tous auraient connu une mort violente. En ce qui concerne sa carrière, Pearl aurait fugué très jeune pour s'engager comme trapéziste dans un cirque avant de monter sur les planches puis d'être remarquée par un producteur de cinéma. Elle aurait fait elle-même toutes les cascades de ses films.

La vérité est bien différente. Élevée par son père, sa mère étant morte alors qu'elle était très jeune encore, Pearl a connu une enfance banale et vécut une scolarité classique avant de rejoindre une troupe d'artistes médiocres, dont elle épousa l'un des membres. Lassée par les tournées, elle se tourna alors vers le cinéma et commença à jouer pour des compagnies cinématographiques bas de gamme (The Powers Film Company, The Lubin Film Company) avant de signer un contrat pour Pathé.

Pour Pathé, elle tourna de nombreux films à épisodes où elle interprétait des aventurières (Pauline, Kathlyn, Elaine puis tout simplement Pearl). Ce sont ces films qui firent de Pearl White une star internationale. Mais lassée des films d'action à épisodes dont les tournages l'épuisaient et faillirent même lui coûter la vie puisqu'elle fut assez sérieusement blessée au dos après une chute, Pearl recentra sa carrière sur des longs métrages plus classiques qui mirent en évidence la faiblesse de son jeu d'actrice. Les films que Pearl White fit ensuite pour la Fox, de 1920 à 1922, furent tout aussi décevants. Inquiète de voir le succès lui échapper, Pearl revint à Pathé pour un nouveau film à épisodes qui tourna au drame lorsque le cascadeur qui la doublait périt au cours d'une cascade. Déprimée par cette tragédie ainsi que par la mort de son mari, Pearl quitta les États-Unis après un ultime film pour venir s'installer en France, au début des années 20.

Elle y aurait tourné quelques films mais jusqu'à ce jour, on en a retrouvé aucun. Ce qui est sûr, c'est qu'elle a mené une revue parisienne à Montmartre (Tu perds la boule) et connut un grand succès dans un music hall de Londres. Au moment où les États-Unis puis l'Europe connurent de sombres années de crise, Pearl vivait dans l'opulence. Propriétaire d'un hôtel et d'un casino à Biarritz, d'une boite de nuit à Paris, d'un villa à Rambouillet et d'une écurie de chevaux de course, elle vécue de ses rentes et fit de grands voyages au bras d'un jeune et beau milliardaire grecque.

Malgré toute cette réussite, elle ne connut pas un bonheur parfait. Sa vieille blessure au dos, souvenir de son accident sur le tournage de Pauline, la faisait beaucoup souffrir au point qu'elle dû se faire hospitaliser à plusieurs reprises.

Pearl White mourut le 4 juillet 1938 à l'hôpital américain de Paris. Elle est enterrée au cimetière de Passy, en face du Palais de Chaillot, non loin de la tombe de l'acteur Fernandel.

Martha Mansfield

Charmante brune aux yeux bleus et aux traits enfantins, Martha Mansfield, jeune actrice du cinéma muet, en vogue au début des années 20, connut une fin tragique pendant le tournage du film qui devait faire d'elle une star. Elle n'avait que 29 ans.

Née Martha Ehrlich le 14 juillet 1899 dans l'Ohio, l'actrice Martha Mansfield passa la plus grande partie de son enfance et de son adolescence à New York avec sa mère. Dès l'âge de 13 ans elle devint modèle pour les photographes et actrice sur les planches de Broadway. Elle fit ses premières apparitions à l'écran en 1918 auprès de la vedette du cinéma burlesque français, le célèbre Max Linder dont on dit qu'il inspira beaucoup Charlie Chaplin pour créer son personnage de Charlot. Max Linder tourna trois films aux États-Unis dans lesquels il donnait la réplique à Martha Mansfield qui se faisait alors appelée Martha Early. Malheureusement, ces films ne connurent pas le succès escompté. Max Linder rentra donc en France où ses films étaient mieux accueillis et Martha retourna à la scène.

En 1918, elle était engagée aux fameuses Ziegfried Follies, dirigées par Florenz Ziegfield. C'était le début de la notoriété pour Martha. Ayant bien compris comment l'industrie du spectacle fonctionnait, elle relança sérieusement sa carrière cinématographique en signant, en 1920, un contrat avec Lewis J. Selznick. Mais ses films ne connurent pas un grand succès et Selznick qui ne semblait pas croire en elle, la prêta à de petits studios indépendants qui ne lui confièrent que des rôles mineurs.

La carrière de Martha aurait pu s'arrêter là mais, en 1923, la charmante jeune femme su convaincre la Fox de l'engager. Après lui avoir confié un petit rôle au côté de Bela Lugosi, la Fox décida de faire d'elle une star en lui confiant le rôle principal de Warrens of Virginia, une superproduction qui narrait l'histoire d'une jeune confédérée, fiancée à un soldat de l'Union. Le tournage du film se situait à San Antonio, au Texas. Et Martha Mansfield ne put jamais terminer le film, victime d'un tragique accident alors qu'elle n'avait que 29 ans.

Le drame eu lieu le 29 novembre 1930. Martha s'était assise dans une voiture pour se reposer entre deux scènes. A quoi pensait-elle alors ? A son prochain film ? Aux vacances qui l'attendaient peut-être à la fin du tournage ? A ses prétendants qui ne devaient pas manquer ? A moins qu’elle ne se fut assoupie… Une chose est certaine, elle ne pouvait pas imaginer que quelques secondes plus tard, elle serait victime du plus atroce et de plus invraisemblable des accidents. Un technicien peu attentif qui passait à côté de la voiture, alluma une cigarette et jeta l'allumette sans prendre garde. Celle-ci tomba sur la volumineuse robe de Martha qui pris feu en un instant. L'actrice se transforma en une véritable torche humaine. Ce fut son partenaire Wilfred Lytell qui se précipita sur elle pour éteindre les flammes. L'actrice fut alors transportée d'urgence à l'hôpital mais rien ne put être fait pour la sauver, à une époque où les antibiotiques n'existaient pas. Le lendemain, Martha s'éteignait.

Martha Mansfield n'a pas laissé de trace impérissable dans le cinéma. Elle ne devint jamais la star qu'elle rêvait d'être, même après sa mort car la Fox, jugeant sans doute inutile de "starifier" une jeune actrice qui ne tournerait plus, fit modifier le script de Warrens of Virginia et coupa la plupart des scènes dans lesquelles Martha apparaissait. Le premier rôle féminin du film fut alors confié à l'actrice Rosemary Hill. Et si aujourd'hui on se souvient encore un peu de Martha Mansfield, c'est uniquement pour l'épouvantable accident qui brisa sa prometteuse carrière.

Lawrence Kasdan

Lorsque l'on évoque le cinéma américain, on pense d'abord aux productions puériles et bas de gamme que les studios hollywoodiens sortent à la pelle à longueur d'année. Mais il existe aussi un cinéma d'auteur dans ce pays où l'argent et le marketing ont remplacé le talent et le savoir-faire. Lawrence Kasdan est l'un des plus illustres représentants du cinéma d'auteur US.

Né à Miami en 1949, Kasdan a grandi en Virginie occidentale dans une famille cultivée. Passionné de cinéma dès son plus jeune âge, il a décidé très tôt d'embrasser la carrière de réalisateur et pour parvenir à ses fins, il choisit la voie de l'écriture. Après de brillantes études littéraires, Lawrence Kasdan travaille dans la publicité tout en consacrant son temps libre à l'écriture de scénarios. Un travail long et solitaire qui finit par payer à la fin des années 70 puisque deux de ses travaux trouvèrent acquéreurs : The Bodyguard et The Continental Divide. Spielberg lui-même produisit le second alors que le premier resta dans un tiroir. A partir de ce moment, tout fut plus facile pour Lawrence Kasdan qui s'était fait un nom et avait gagné assez d'argent pour consacrer sa vie au cinéma.

Adopté par Spielberg et Lucas, Kasdan écrivit coup sur coup les scénarios de trois énormes succès : L'Empire contre attaque, Les Aventuriers de l'Arche perdu et Le Retour du Jedi. Dès lors, on se battait à Hollywood pour obtenir ses scripts mais Kasdan refusa toutes les offres pour s'attaquer à son rêve : la mise en scène.

Son premier film, La Fièvre au corps est un polar érotique d'une rare sensualité. Une histoire de femme fatale qui évoque les grands films noirs tirés des romans de James M. Cain que sont Le Facteur sonne toujours deux fois et Assurance sur la mort. Ce film permit de découvrir deux comédiens alors inconnus mais qui marquèrent les années 80 : William Hurt et Kathleen Turner. Après ce coup de maître, Kasdan réunit tout une troupe de comédiens, pour la plupart débutants, pour filmer les retrouvailles d'amis d'enfance, Les Copains d'abord. Ce film marqua les esprits et inspira de nombreux autres films du même type.

Toujours entouré de comédiens de talent qui sont avant tout ses amis et qu'il a souvent contribuer à rendre célèbres (Kevin Costner, Kevin Kline, William Hurt, Danny Glover, Jeff Goldblum...), Kasdan enchaîne les films sans trop se presser. Citons notamment les westerns Silverado et Wyatt Earp, la comédie loufoque Je t'aime à te tuer, la romance French kiss ou le très personnel Grand Canyon, récompensé par l'Ours d'or au Festival du film de Berlin en 1992.

A tous ces films qui connurent souvent un succès davantage critique que public, il convient d'ajouter un film : Bodyguard. En effet, en 1992, Kevin Costner, alors au somment de sa carrière, demanda à Kasdan de ressortir le script de Bodyguard, écrit près de quinze ans plus tôt pour Steve McQueen, dont il avait tant apprécié la lecture lorsque, jeune débutant, il tournait Silverado. Kasdan que le projet n'intéressait plus refusa de le mettre en scène mais accepta néanmoins de le produire. Le résultat lui déplut fortement tout comme il déplut à la critique mais contre toute attente, cette romance insipide connu un succès phénoménal. Un film qui coûta très cher à Kevin Costner puisqu'il le décrédibilisa aux yeux de la critique.

En 2003, Lawrence Kasdan revint après une série de trois échecs commerciaux consécutifs, avec une adaptation de Dreamcatcher, un roman assez décevant de Stephen King. Le film fut tout aussi décevant.

Jonathan Demme

La première passion de Jonathan Demme fut les oiseaux puisqu'à l'âge de neuf ans il devint le plus jeune membre de l'Union américaine des ornithologues. Mais très vite une autre passion s'empara de lui : celle du cinéma. Il devint un cinéphile convaincu, passant tout son temps libre dans les salles obscures. Fort logiquement, il transforma sa passion en métier, travaillant d'abord comme critique de cinéma pour la presse papier avant de franchir un cap supplémentaire en devenant scénariste et producteur assistant pour Roger Corman, le maître du cinéma indépendant américain des années 70. C'est à l'école de Corman qu'il apprit le métier de metteur en scène. Une école difficile où l'on apprend à faire des films avec rigueur et efficacité afin de ne pas dépasser le budget prévu. Demme fut d'abord metteur en scène assistant puis se vit confier son premier film en 1974 : Cinq femmes à abattre, un thriller réaliste qui fut l'un des plus grand succès des productions de Corman.

Il abandonna un peu plus tard l'écurie Corman pour réaliser Swing Shift pour Warner Bros mais il ne put supporter cette expérience : d'importantes modifications imposées par les producteurs, les caprices de la star du film (Goldie Hawn). Il prit donc du recul, quitta Hollywood pour New York, se maria, fonda une famille et réalisa des documentaires, des vidéos clips et des films pour la télévision, parmi lesquels un épisode de la série Columbo. Régénéré par cette nouvelle vie, il ne tourna plus beaucoup pour le cinéma mais ses films, plus espacés dans le temps, bénéficièrent d'un plus grand soin. Veuve mais pas trop, comédie policière qui révéla véritablement Michelle Pfeiffer, puis Dangereuse sous tout rapport qui boosta la carrière de Mélanie Griffith obtinrent un succès critique certain.

Restait alors à conquérir le grand public, ce qui fut fait avec Le Silence des agneaux qui triompha dans le monde entier et remporta six Oscars dont celui du meilleur film. Demme réalisa ensuite Philadelphia, un film plus contesté qui obtint néanmoins un grand succès commercial et valu à Jonathan Demme un Oscar pour sa mise en scène. Mais depuis, Demme a perdu le soutien de ses fans de la première heure, désappointés par le virage artistique pris par sa carrière (l'abandon de ses valeurs et de son style pour des œuvres politiquement correctes, calibrées pour les Oscars). Le grand public s'est mis lui aussi à le bouder, ignorant son adaptation de Beloved, le roman de Toni Morrison, pourtant conçu pour triompher. Jonathan Demme se lance donc dans une nouvelle stratégie qui consiste à réaliser des remakes de grands succès américains des années 60. Dans un premier temps, il dépoussière Charade, le grand succès de Stanley Donen, en lui donnant un nouveau titre La Vérite sur Charlie. Ce remake se veut inspiré par la nouvelle vague et notamment par le classique de François Truffaut La Mariée était en noir mais une fois de plus la critique et le public n'ont pas été très convaincus par ce film tout comme par le remake de Un crime dans la tête.