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samedi 2 avril 2011

La Mer regarde (2002)

A l’époque d’Edo, dans une maison close, des prostituées vivent ensemble en parfaite harmonie, espérant qu’un jour un client demandera leur main. C’est notamment le cas de Oshin, courtisée par un jeune samouraï à qui elle est venue en aide.

Le cinéma japonais regorge de films sur les bordels, le plus souvent des séries B voyeuristes. Tel n’est pas le cas de cette adaptation d’un scénario d’Akira Kurosawa qui propose de beaux portraits de femmes. La mise en scène très poétique de Kei Kumai appuie sur le symbolisme plus que sur le réalisme. Et le cinéaste semble se soucier plus d’esthétisme que de rythme. Le film, presque dépourvu de scènes d’action, s’étire sur deux longues heures et l’on peut trouver le temps long si l’on est insensible à l’élégance et au charme de ces poupées japonaises du siècle dernier, interprétées par d’excellentes actrices, la plus remarquable étant sans nul doute Misa Shimizu.

海は見ていた – Japon (2002), de Kei Kumai, avec Misa Shimizu, Nagiko Tôno, Masatoshi Nagase, Hidetaka Yoshioka, Michiko Kawai, Yumiko Nogawa, Tenshi Kamogawa. (Acheter le DVD sur Amazon)




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samedi 24 avril 2010

Sway (2006)

Un jeune photographe repart dans la petite ville de son enfance pour l’anniversaire de la mort de sa mère. Il y retrouve son frère ainsi qu’une amie d’enfance. Lors d’une promenade, la jeune femme trouve la mort. Le frère l’a-t-il tué ou s’agit-il d’un accident ?

On s’attend tout d’abord à une comédie romantique, Takeru, le jeune photographe très en vogue à Tokyo, retrouverait ses racines, sa famille et l’amour dans la petite ville où il a grandi. Mais tout sombre dans le drame lorsque Takeru, son frère et son amie d’enfance partent en randonnée et que la jeune femme chute d’un pont et se tue. Takeru n’a rien vu mais le doute le ronge. S’agit-il d’un accident ou son frère a-t-il tué la jeune femme parce qu’elle ne voulait pas de lui ?

Dès lors le film piétine. Le climat est glauque, le tempo devient très lent avec d’interminables scènes de tribunal, et les doutes et le dilemme du peu sympathique personnage principal, dont le témoignage peut envoyer son frère en prison, laisse indifférent. On s’ennuie beaucoup en voyant ce décevant Sway qui aurait pu être beaucoup plus intéressant si quelques péripéties avaient été rajoutées à l’intrigue.



ゆれる - Japon (2006) de Miwa Nishikawa, avec Jô Odagiri, Teruyuki Kagawa, Masâto Ibu, Hirofumi Arai, Yoko Maki.


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Shara (2003)

Kei et Shun Aso, deux jeunes jumeaux jouent dans les rues de Nara. Soudain Kei disparaît. On ne le retrouvera jamais. Quelques années plus tard, Shun va au lycée et a une petite amie mais la disparition continue à le hanter. Ses parents qui attendent un enfant en souffrent aussi.

Une mise en scène elliptique, de très longs silences, pas de musique, des paroles anodines, la première partie du film est assez déstabilisante et l’on craint le pire. Mais alors que la fête annuelle se prépare dans les rues de Nara, la famille Aso retrouve le goût à la vie passant progressivement de l’ombre à la lumière et le film s’anime.

Ce très joli film est mis en scène avec beaucoup de sensibilité et de pudeur par Naomi Kawase qui joue également le rôle de la mère des jumeaux. La cinéaste a filmé cette histoire avec un grand réalisme : des actions banales de la vie quotidienne, de nombreux silences, des dialogues souvent si anodins qu’ils semblent improvisés. L’effet de réalisme est renforcé par un casting constitué, en grande partie, d’acteurs non professionnels. Un choix fort judicieux qui rend cette histoire non pas larmoyante mais touchante.

Shara est aussi un film sur Nara, ville intemporelle (il est d’ailleurs impossible de dater précisément cette histoire), d’abord présentée comme un univers sombre et inquiétant puis comme une ville paisible, lumineuse et agréable.

沙羅双樹 - Japon (2003), de Naomi Kawase, avec Kohei Fukunaga, Yuka Hyodo, Katsuhisa Namase, Kanako Higuchi, Naomi Kawase.




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Hush ! (2001)

Naoya et Katsuhiro, deux jeunes gays, vivent ensemble. Mais Katsuhiro se retrouve soudainement harcelé par une collègue prête à tout pour l’épouser et une inconnue décidée à avoir un enfant de lui. Une situation qui se complique encore lorsque la famille s’en mêle.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Hush! n’est pas une comédie de boulevard façon La Cage aux folles. Il s’agit plutôt d’une comédie douce-amère qui aborde le problème de l’homosexualité, encore très tabou au Japon. Hush! traite aussi de l’angoisse des japonaises qui risquent de finir vieilles filles si elles ne sont pas mariées à 30 ans. Deux sujets de société délicats et une histoire qui oscille entre le drame et la comédie, cela aurait pu faire un bon film. Hélas le réalisateur donne surtout l’impression de n’avoir pas su choisir entre les deux genres et le film en souffre, d’autant que les scènes comiques sont souvent un peu exagérées et que le scénario ne décolle pas. La demi-heure passée on commence à beaucoup s’ennuyer malgré des comédiens attachants.

ハッシュ! - Japon (2001), de Ryosuke Hashiguchi, avec Kazuya Takahashi, Seiichi Tanabe, Reiko Kataoka, Yoko Akino.






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La Bête aveugle (1968)

Un inquiétant sculpteur aveugle enlève la belle modèle Aki et la retient prisonnière dans son atelier. Il veut faire d’elle un chef d’œuvre de l’art tactile.

Edogawa Rampo (Edgar Allan Poe prononcé à la japonaise) est un grand maître du roman policier et du roman d’angoisse. Son chef d’œuvre, La Bête aveugle écrit en 1931 reste d’une grande modernité. La poésie sensuelle et inquiétante de ce court roman tient le lecteur en haleine du début à la fin.

Hélas, il n’en est rien avec le film de Yasuzo Masumura, cinéaste coté de la nouvelle vague japonaise. A contre-pied de l’écrivain qui faisait lentement monter l’angoisse, le cinéaste rentre très tôt dans le vif du sujet en mettant en scène l’enlèvement dès le début du film. Il filme donc une heure et demi durant, la captivité de la jeune femme et l’évolution de ses sentiments et de ses relations avec son ravisseur. On est d’abord ébloui par cette magnifique scène où la jeune femme découvre l’atelier de l’artiste aveugle, immense hangar où sont exposées des représentations géantes de diverses parties du corps féminin. Puis une fois le décor planté, on assiste au spectacle atterrant de ce couple improbable qui se bat, s’aime puis se détruit dans une succession de scène ennuyeuses et grotesques. L’angoisse et l’érotisme qui ont fait le succès du roman sont bien loin. Seuls seront satisfaits les amateurs de séries B kitsch des années 60.

Peut-être Yasuzo Masumura pensait-il à son adaptation de La Bête aveugle lorsqu’il déclarait à propos des adaptations cinématographiques de roman « Je pense que c’est une chose absolument impossible. Il y a un univers qui n’existe que par les mots et qu’on ne peut pas exprimer par l’image. » (Propos recueillis au magnétophone à Tokyo en 1969 par Aoi Ichiro, Shirai Yoshio et Yamada Koichi, traduits du japonais par Yamada Koichi et Jane Cobbi).

盲獣 - Japon (1968) de Yasuzo Masumura avec Eiji Funakoshi, Mako Midori, Noriko Sengoku.






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Dark Water (2002)

Yoshimi est une femme charmante qui lutte pour élever seule sa fille de six ans. Elle pense avoir fait le plus difficile en trouvant un logement et un travail mais elle va devoir faire face à des phénomènes bien étranges : de l’eau s’écoule de son plafond, des bruits de pas retentissent dans l’appartement inoccupé du dessus et le souvenir d’une petite fille disparue deux ans plus tôt ressurgit.

Hideo Nakata est un maître de l’angoisse. Il l’avait déjà prouvé en réalisant Ring, il le confirme avec Dark Water. On est ici très loin des bêtises grand-guignolesques made in USA du style Scream, Freddy ou Jeepers Creepers, qui font rires plus qu’elles n’effraient. Vous ne verrez dans ce film ni monstres ni hémoglobine. Nakata est un cinéaste de talent. Il sait faire naître la peur de situations à priori anodines avec des moyens simples : des bruits de pas, une silhouette entre-aperçue de ci de là et quelques litres d’eau.

Il s’attèle d’abord à instaurer une atmosphère pesante et irréelle comme le fait si bien sa compatriote Yôkô Ogawa dans ses romans. Ici le décors joue un rôle important : un grand immeuble sombre qui semble inhabité et des pluies diluviennes qui s’abattent presque constamment sur la ville. Puis Nakata distille l’angoisse par petites touches successives, sans jamais rien montrer ou presque, à l’instar des grands chefs-d’œuvre fantastiques que sont La Maison du diable et Le Projet Blairwitch. Enfin, après avoir torturé le spectateur à petit feu durant une bonne heure, il conclu sur une effroyable apothéose. Dark Water est un cauchemar poétique qui glace le sang et peut être comparé à l’œuvre d’Edgar Allan Poe.

仄暗い水の底から
– Japon (2002) de Hideo Nakata avec Hitumi Kuroki, Rio Kanno, Mirei Oguchi, Asami Mizukawa.






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