dimanche 2 mai 2010

Ma vie à moi (1950)

Une jeune provinciale arrive à New York pour devenir top model. Elle parviendra à ses fins mais ne trouvera pas le bonheur, tombant amoureuse d’un homme d’affaires qui ne peut quitter son épouse handicapée.

George Cukor est considéré à juste titre comme un maître de la comédie américaine. Ce film montre qu’il est beaucoup moins adroit dans le mélodrame. Certaines scènes montrant le désespoir des personnages ont beau être très réussies, l’histoire, très sombre et sans surprise, lasse rapidement le spectateur. Et si Lana Turner ne manque pas de charme, il semble évident qu’elle est trop âgée pour ce rôle. On appréciera tout de même le réalisme de ce film qui bénéficie d’une très belle photographie en noir et blanc.

A Life Of Her Own - USA (1950) de George Cukor, avec Lana Turner, Ray Milland, Tom Ewell, Louis Calhern, Ann Dvorak, Margaret Phillips, Jean Hagen.


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Crossroads (1986)

Un jeune guitariste aide un vieux bluesman à s’évader d’une maison de retraite et part avec lui sur la route du blues dans l’espoir de devenir à son tour un grand bluesman.

Que faire de Ralph Macchio après Karate Kid ? Les studios ne se sont pas posés trop de questions et ont refait le même film en apportant de légères modifications. Le blues a remplacé le karaté et un vieux maître noir a pris la place du vieux maître japonais. Hélas, ça ne marche pas. Cela aurait pu être une belle histoire d’apprentissage mais le film manque de charme et surtout de subtilité. Le scénario est attendu et le personnage de Ralph Macchio n’est pas crédible. Qui peut croire qu’une balade d’une semaine dans le Sud des États-Unis et une peine de cœur font d’un jeune adolescent un as du blues ? Du coup Ralph Macchio en devient horripilant.

Le final, un combat de solos de guitares électriques entre un Ralph Macchio, doublé par Ry Cooder, et un Steve Vai déchaîné, est catastrophique et fait définitivement sombrer le film dans le ridicule.

Crossroads – USA (1986) de Walter Hill, avec Ralph Macchio, Joe Seneca, Jami Gertz, Joe Morton, Robert Judd, Harry Carey Jr., Steve Vai.






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samedi 1 mai 2010

L'Héritière (1949)

Dans la bourgeoisie américaine du XIXe siècle, une riche jeune femme sans charme tombe amoureuse d’un beau jeune homme qui ne la courtise que pour sa dote.

Adapter un roman de Henry James n’est pas facile. William Wyler a pourtant réussi à faire un grand film de ce magnifique roman (Washington Square). Le cinéaste adapte l’histoire avec fidélité et sa caméra scrute avec précision les personnages car ce sont eux qui sont au cœur de ce suspense psychologique. Montgomery Clift en jeune homme irrésistiblement ambitieux est transcendant et il n’est pas étonnant que George Stevens lui ait confié, deux ans plus tard, un rôle similaire dans le fameux Une place au soleil. La partenaire de Clift, Olivia de Havilland est étonnante en jeune femme complexée et sans cesse humiliée. Nul doute qu’il s’agit là de son plus grand rôle. L’actrice a d’ailleurs reçu un Oscar et un Golden Globe pour son interprétation dans ce film. Mais les deux acteurs principaux ne doivent pas faire oublier deux autres comédiens fabuleux dans ce film : Ralph Richardson, dans le rôle du père qui n’éprouve que de la pitié pour une fille qu’il rabaisse constamment, et Miriam Hopkins, tante malicieuse qui joue les entremetteuses et tombe sous le charme du beau prétendant de sa nièce. L’interprétation de ces deux comédiens est pour beaucoup dans la réussite du film.

Signalons enfin que la musique de ce film, signée Aaron Copland, a également été récompensée d’un Oscar, tout comme les décors et les costumes permettant à L’Héritière de remporter 4 Oscars sur ses 8 nominations.

The Heiress – USA (1949) de William Wyler, avec Montgomery Clift, Olivia de Havilland, Ralph Richarson, Miriam Hopkins, Vanessa Brown.






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vendredi 30 avril 2010

Au-dessous du volcan (1984)

Ex-consul britannique au Mexique, Geoffrey Firmin ne dessaoule plus depuis que sa femme l’a trompé avec son frère puis quitté. Mais voilà l’épouse de retour au foyer, décidée à redonner une chance à leur couple. Parviendra-t-elle à changer le cours des choses ?

On disait le roman de Malcolm Lowry inadaptable. John Huston a eu l’imprudence d’en faire un film, s’attirant les foudres de la critique. Pourtant son film tient la route. Il décevra peut-être les fans du roman mais il s’agit d'un très beau film, hanté par la mort : les symboles de la mort y sont nombreux à commencer par cette fête des morts durant laquelle se déroule toute l’intrigue et qui incite à penser que la mort est inéluctable et que l’on assiste à une tragédie.

Dans des rôles difficiles, les comédiens s’en sortent bien. Albert Finney semble s’amuser à jouer les alcooliques lucides, ivre du début à la fin du film. A ses côtés, Jacqueline Bisset, qui incarne celle par qui le malheur est arrivé et qui représente pourtant, pour son mari, l’unique chance de s’en sortir, nous émerveille par sa beauté. Signalons aussi la présence de la senior Katy Jurado en tenancière de troquet.

Under The Volcano
- USA (1984) de John Huston, avec Albert Finney, Jacqueline Bisset, Anthony Andrews, Katy Jurado, Sergio Calderon.






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Il était une fois (1941)

Au cours d’un procès, les différents protagonistes de l’intrigue se succèdent à la barre pour raconter l’histoire d’un crime commis par une femme défigurée.

Ce remake d’un film suédois avec Ingrid Bergman est une belle réussite. A mi-chemin entre le mélo et le suspense policier, le film tient en haleine le spectateur qui ne sait si la femme est toujours défigurée ou si son opération esthétique a réussi et si elle a tué l’enfant qu’on lui a demandé d’assassiner.

Joan Crawford, qui tient le haut de l’affiche, y interprète l’un de ses plus beaux rôles, celui d’un personnage ambigu qui oscille entre le bien et le mal, et qui apparaît tour à tour comme une créature profondément méchante ou comme la plus charmante des femmes. L’interprétation de Conrad Veidt vaut également le détour, l’acteur paraît plus méphistophélique que jamais dans le rôle d’un ignoble gentleman.



A Woman’s Face - USA (1941) de George Cukor, avec Joan Crawford, Melvyn Douglas, Osa Massen, Conrad Veidt, Reginald Owen, Donald Meek.


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La Brune brûlante (1959)

Un bon père de famille, poursuivi par une voisine très entreprenante, est chassé de son foyer parce que sa femme le pense infidèle. Il s’efforce de la reconquérir alors que le projet d’une implantation de base militaire les oppose.

Inspiré d’un roman de Max Shulman, cette comédie est l’avant dernier film de Leo McCarey, un vétéran qui construisit l’essentiel de sa filmographie dans les années 20 et 30. Il s’agit d’un pur vaudeville, l’histoire tant de fois racontée d’un homme qui perd la confiance de sa femme et qui fait tout pour la reconquérir. Pour jouer cet homme, on retrouve un surprenant Paul Newman que l’on a rarement vu dans ce registre. L’acteur s’en tire très bien et forme un beau duo avec Joanne Woodward, son épouse à la ville. Le couple est bien aidé par de talentueux seconds rôles : Jack Carson, très drôle dans le rôle du militaire stupide et borné à qui rien ne réussit, et surtout Joan Collins, parfaite dans le rôle de la « brune brûlante » qui poursuit de ses assiduités son malheureux voisin et qui vole la vedette à Joanne Woodward.

Rally 'Round The Flag, Boys !
- USA (1959) de Leo McCarey, avec Paul Newman, Joanne Woodward, Joan Collins, Jack Carson, Tuesday Weld, Dwayne Hickman.


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dimanche 25 avril 2010

Suzanne et ses idées (1939)

Suzanne, qui vient de rejoindre une secte chrétienne, est bien décidée à convertir ses amis et à les remettre dans le droit chemin. Pourtant elle a abandonné son mari et sa fille qui la supplient de revenir vivre avec eux.

Cette pièce de boulevard gentillette de Rachel Crothers adaptée par Anita Loos, manque un peu de rythme et oublie en cours de route ses personnages secondaires. C’est bien dommage car ceux-ci sont interprétés par d’excellents comédiens parmi lesquels la jeune Rita Hayworth. La comédie loufoque des premières minutes devient alors une comédie romantique plus banale durant laquelle le mari fait de son mieux pour reconquérir la femme qu’il aime.

Joan Crawford, qui interprète Susan, surprend agréablement dans un registre inhabituel pour elle : celui de la femme gaie, un peu fofolle et infatigable façon Katharine Hepburn. Par contre, dans le rôle de son mari, Fredric March livre une interprétation un peu mollassonne.

Susan and God - USA (1939) de George Cukor, avec Joan Crawford, Fredric March, Ruth Hussey, Rita Hayworth, John Caroll, Nigel Bruce, Bruce Cabot.


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Tarnished Lady (1931)

Une jeune femme de la bonne société, dont la famille est ruinée, choisit d’épouser un milliardaire qui l’indiffère plutôt que le jeune dramaturge dont elle est amoureuse. Elle regrette vite ce choix.

Ce conte pour petites filles de bonnes familles a de quoi dérouter le spectateur. Difficile en effet de s’attacher à ce personnage de pauvre petite fille riche qui doit faire des sacrifices pour maintenir son niveau de vie élevé, devant même parfois s’abaisser à travailler ! Néanmoins l’ensemble est plaisant grâce à un scénario bien ficelé avec de multiples rebondissements et une très bonne interprétation de Tallulah Bankhead. Cukor ne s’impose pas encore comme un grand maître mais il offre avec ce film une peinture intéressante de la haute société américaine des années folles, comme à son habitude.

Tarnished Lady - USA (1931), de George Cukor, avec Tallulah Bankhead, Clive Brooks, Phoebe Forster, Alexander Kirkland.


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Girls About Town (1931)

Dans le New York des années 30, Wanda et Mary, deux belles jeunes femmes, sont payées pour accompagner de riches hommes d’affaires à des fêtes. A l’une d’elles, Wanda tombe amoureuse de son client alors que Mary à la malchance de tomber sur un homme particulièrement avare.

C’est le New York de Fitzgerald, celui des grandes fêtes des années folles. Le champagne coule à flot et les élégantes et longilignes new-yorkaises se dandinent sur des airs de jazz. Une époque qui convient parfaitement à George Cukor qui fait encore ses gammes mais réussit là un bon divertissement. On y rie de la pingrerie et de l’orgueil des hommes mais aussi de l’avidité des femmes. Le cinéaste s’amuse à faire le portrait de deux amies très différentes l’une de l’autre (la douce brune qui rêve de se caser et la blonde gouailleuse qui n’a pas l’intention d’arrêter la fête) sans pour autant perdre de vue une histoire bien construite bien qu’un peu prévisible.

Pour interpréter les deux jeunes escort girls, Cukor a réuni deux belles actrices du début des années 30 : la brune Kay Francis et la blonde Lilyan Tashman, très douée pour les rôles comiques et qui mourut peu de temps après le tournage, au cours d’une opération chirurgicale. A leurs côtés, on retrouve le beau Joel McCrea dans le rôle de l'homme d’affaire que Wanda veut épouser.

Girls About Town - USA (1931), de George Cukor, avec Kay Francis, Lilyan Tashman, Joel McCrea, Eugene Pallette, Alan Dinehart, Anderson Lawler.


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L'Esclave libre (1957)

Une jeune bourgeoise sudiste découvre, à la mort de son père, qu’elle a du sang noir dans les veines. Elle est déshéritée et vendue comme esclave à un riche aventurier de la Nouvelle-Orléans.

Film en technicolor flamboyant sur la vie d’une belle sudiste bouleversée et ruinée par la guerre de Sécession, qui aime malgré elle un riche aventurier incarné par Clark Gable, L’Esclave libre fait immanquablement penser à Autant en emporte le vent. Il serait néanmoins injuste de le considérer comme une simple imitation même s’il n’est pas impossible que les producteurs n’aient vu dans ce film qu’un bon moyen d’exploiter un sujet qui avait déjà fait ses preuves.

Premier argument en sa faveur, L’Esclave libre a le mérite de ne pas montrer une image d’Epinal de la guerre de Sécession. Les soldats Nordistes ne sont pas présentés comme des idéalistes venus délivrer le peuple noir de l’esclavage. Au contraire, ils se montrent souvent aussi racistes que leurs adversaires Sudistes, utilisant les esclaves noirs « confisqués » comme de la chair à canon. De son côté, le personnage principal, interprété par Clark Gable, est un riche Sudiste qui possède de vastes plantations dans lesquelles travaillent des esclaves. Il ne se montre pas pour autant inhumain, élevant un jeune homme noir comme son propre fils. Ce personnage secondaire est très intéressant dans sa complexité : il hait son père adoptif pour sa générosité et rejoint l’armée du Nord mais se voit traité là-bas comme un moins que rien. La jeune héroïne de ce film, interprétée par Yvonne De Carlo, vit une situation comparable : traitée comme une princesse par son maître, elle est méprisée par les soldats de Lincoln pour qui les quelques goûtes de sang noir qu’elle a dans les veines comptent plus que sa personnalité, sa beauté et son éducation. Le Nord peut lui offrir la liberté mais ne la laissera jamais redevenir la grande dame qu’elle a été.

Autre différence majeure entre les deux films, L’Esclave libre est un film très sensuel dans lequel la belle Yvonne De Carlo incarne l’objet de tous les désirs. Walsh ose beaucoup, filmant son actrice dans des poses très lascives pour l’époque ou dans des scènes aux connotations sado-masochistes évidentes : la jeune femme prisonnière d’un ignoble marchand d’esclaves qui la maltraite et veut lui prendre sa vertu, la vente dans un marché aux esclaves où des hommes libidineux l’examinent et la tâtent...

Loin d’être une pâle copie d’Autant en emporte le vent, L’Esclave libre est donc un bon film d’aventures, moderne, qui présente les hommes et l’Histoire avec beaucoup d’acuité et de cynisme.

Band of Angels
- USA (1957), de Raoul Walsh, avec Clark Gable, Yvonne De Carlo, Sidney Poitier, Efrem Zimbalist Jr., Andrea King.


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samedi 24 avril 2010

Sway (2006)

Un jeune photographe repart dans la petite ville de son enfance pour l’anniversaire de la mort de sa mère. Il y retrouve son frère ainsi qu’une amie d’enfance. Lors d’une promenade, la jeune femme trouve la mort. Le frère l’a-t-il tué ou s’agit-il d’un accident ?

On s’attend tout d’abord à une comédie romantique, Takeru, le jeune photographe très en vogue à Tokyo, retrouverait ses racines, sa famille et l’amour dans la petite ville où il a grandi. Mais tout sombre dans le drame lorsque Takeru, son frère et son amie d’enfance partent en randonnée et que la jeune femme chute d’un pont et se tue. Takeru n’a rien vu mais le doute le ronge. S’agit-il d’un accident ou son frère a-t-il tué la jeune femme parce qu’elle ne voulait pas de lui ?

Dès lors le film piétine. Le climat est glauque, le tempo devient très lent avec d’interminables scènes de tribunal, et les doutes et le dilemme du peu sympathique personnage principal, dont le témoignage peut envoyer son frère en prison, laisse indifférent. On s’ennuie beaucoup en voyant ce décevant Sway qui aurait pu être beaucoup plus intéressant si quelques péripéties avaient été rajoutées à l’intrigue.



ゆれる - Japon (2006) de Miwa Nishikawa, avec Jô Odagiri, Teruyuki Kagawa, Masâto Ibu, Hirofumi Arai, Yoko Maki.


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Shara (2003)

Kei et Shun Aso, deux jeunes jumeaux jouent dans les rues de Nara. Soudain Kei disparaît. On ne le retrouvera jamais. Quelques années plus tard, Shun va au lycée et a une petite amie mais la disparition continue à le hanter. Ses parents qui attendent un enfant en souffrent aussi.

Une mise en scène elliptique, de très longs silences, pas de musique, des paroles anodines, la première partie du film est assez déstabilisante et l’on craint le pire. Mais alors que la fête annuelle se prépare dans les rues de Nara, la famille Aso retrouve le goût à la vie passant progressivement de l’ombre à la lumière et le film s’anime.

Ce très joli film est mis en scène avec beaucoup de sensibilité et de pudeur par Naomi Kawase qui joue également le rôle de la mère des jumeaux. La cinéaste a filmé cette histoire avec un grand réalisme : des actions banales de la vie quotidienne, de nombreux silences, des dialogues souvent si anodins qu’ils semblent improvisés. L’effet de réalisme est renforcé par un casting constitué, en grande partie, d’acteurs non professionnels. Un choix fort judicieux qui rend cette histoire non pas larmoyante mais touchante.

Shara est aussi un film sur Nara, ville intemporelle (il est d’ailleurs impossible de dater précisément cette histoire), d’abord présentée comme un univers sombre et inquiétant puis comme une ville paisible, lumineuse et agréable.

沙羅双樹 - Japon (2003), de Naomi Kawase, avec Kohei Fukunaga, Yuka Hyodo, Katsuhisa Namase, Kanako Higuchi, Naomi Kawase.




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Hush ! (2001)

Naoya et Katsuhiro, deux jeunes gays, vivent ensemble. Mais Katsuhiro se retrouve soudainement harcelé par une collègue prête à tout pour l’épouser et une inconnue décidée à avoir un enfant de lui. Une situation qui se complique encore lorsque la famille s’en mêle.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Hush! n’est pas une comédie de boulevard façon La Cage aux folles. Il s’agit plutôt d’une comédie douce-amère qui aborde le problème de l’homosexualité, encore très tabou au Japon. Hush! traite aussi de l’angoisse des japonaises qui risquent de finir vieilles filles si elles ne sont pas mariées à 30 ans. Deux sujets de société délicats et une histoire qui oscille entre le drame et la comédie, cela aurait pu faire un bon film. Hélas le réalisateur donne surtout l’impression de n’avoir pas su choisir entre les deux genres et le film en souffre, d’autant que les scènes comiques sont souvent un peu exagérées et que le scénario ne décolle pas. La demi-heure passée on commence à beaucoup s’ennuyer malgré des comédiens attachants.

ハッシュ! - Japon (2001), de Ryosuke Hashiguchi, avec Kazuya Takahashi, Seiichi Tanabe, Reiko Kataoka, Yoko Akino.






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La Bête aveugle (1968)

Un inquiétant sculpteur aveugle enlève la belle modèle Aki et la retient prisonnière dans son atelier. Il veut faire d’elle un chef d’œuvre de l’art tactile.

Edogawa Rampo (Edgar Allan Poe prononcé à la japonaise) est un grand maître du roman policier et du roman d’angoisse. Son chef d’œuvre, La Bête aveugle écrit en 1931 reste d’une grande modernité. La poésie sensuelle et inquiétante de ce court roman tient le lecteur en haleine du début à la fin.

Hélas, il n’en est rien avec le film de Yasuzo Masumura, cinéaste coté de la nouvelle vague japonaise. A contre-pied de l’écrivain qui faisait lentement monter l’angoisse, le cinéaste rentre très tôt dans le vif du sujet en mettant en scène l’enlèvement dès le début du film. Il filme donc une heure et demi durant, la captivité de la jeune femme et l’évolution de ses sentiments et de ses relations avec son ravisseur. On est d’abord ébloui par cette magnifique scène où la jeune femme découvre l’atelier de l’artiste aveugle, immense hangar où sont exposées des représentations géantes de diverses parties du corps féminin. Puis une fois le décor planté, on assiste au spectacle atterrant de ce couple improbable qui se bat, s’aime puis se détruit dans une succession de scène ennuyeuses et grotesques. L’angoisse et l’érotisme qui ont fait le succès du roman sont bien loin. Seuls seront satisfaits les amateurs de séries B kitsch des années 60.

Peut-être Yasuzo Masumura pensait-il à son adaptation de La Bête aveugle lorsqu’il déclarait à propos des adaptations cinématographiques de roman « Je pense que c’est une chose absolument impossible. Il y a un univers qui n’existe que par les mots et qu’on ne peut pas exprimer par l’image. » (Propos recueillis au magnétophone à Tokyo en 1969 par Aoi Ichiro, Shirai Yoshio et Yamada Koichi, traduits du japonais par Yamada Koichi et Jane Cobbi).

盲獣 - Japon (1968) de Yasuzo Masumura avec Eiji Funakoshi, Mako Midori, Noriko Sengoku.






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Dark Water (2002)

Yoshimi est une femme charmante qui lutte pour élever seule sa fille de six ans. Elle pense avoir fait le plus difficile en trouvant un logement et un travail mais elle va devoir faire face à des phénomènes bien étranges : de l’eau s’écoule de son plafond, des bruits de pas retentissent dans l’appartement inoccupé du dessus et le souvenir d’une petite fille disparue deux ans plus tôt ressurgit.

Hideo Nakata est un maître de l’angoisse. Il l’avait déjà prouvé en réalisant Ring, il le confirme avec Dark Water. On est ici très loin des bêtises grand-guignolesques made in USA du style Scream, Freddy ou Jeepers Creepers, qui font rires plus qu’elles n’effraient. Vous ne verrez dans ce film ni monstres ni hémoglobine. Nakata est un cinéaste de talent. Il sait faire naître la peur de situations à priori anodines avec des moyens simples : des bruits de pas, une silhouette entre-aperçue de ci de là et quelques litres d’eau.

Il s’attèle d’abord à instaurer une atmosphère pesante et irréelle comme le fait si bien sa compatriote Yôkô Ogawa dans ses romans. Ici le décors joue un rôle important : un grand immeuble sombre qui semble inhabité et des pluies diluviennes qui s’abattent presque constamment sur la ville. Puis Nakata distille l’angoisse par petites touches successives, sans jamais rien montrer ou presque, à l’instar des grands chefs-d’œuvre fantastiques que sont La Maison du diable et Le Projet Blairwitch. Enfin, après avoir torturé le spectateur à petit feu durant une bonne heure, il conclu sur une effroyable apothéose. Dark Water est un cauchemar poétique qui glace le sang et peut être comparé à l’œuvre d’Edgar Allan Poe.

仄暗い水の底から
– Japon (2002) de Hideo Nakata avec Hitumi Kuroki, Rio Kanno, Mirei Oguchi, Asami Mizukawa.






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La Traduction audiovisuelle : approche interdisciplinaire du sous-titrage

Nous regardons des films et autres programmes audiovisuels en version sous-titrée quotidiennement, mais nous nous interrogeons rarement sur le sous-titrage. Cet ouvrage est consacré à cette forme de traduction, finalement assez méconnue.

Ce livre reprend l’essentiel des travaux présentés lors d’une journée d’études internationale sur le sous-titrage qui s’est déroulée à l’Université de Montpellier 3 en juin 2006.

Son grand intérêt est qu’il propose une approche multidisciplinaire sur le sujet, permettant au lecteur d’avoir une vision globale du sous-titrage. Ainsi le sous-titrage est abordé tour à tour par des spécialistes du cinéma, de la traductologie, de la linguistique et de la psychologie cognitive.

Les deux premiers textes nous intéressent plus particulièrement.

Le premier, signé Jean-François Cornu, dresse un panorama de l’évolution des pratiques de sous-titrage en France des années 30 à nos jours. Une bonne façon d’introduire le sujet et de faire découvrir au lecteur les différentes techniques employées et les pratiques des adaptateurs. Il montre que si les progrès techniques sont énormes à partir des années 80, la qualité des traductions est en baisse pour des raisons de détériorations des conditions de travail dans les laboratoires et chez les traducteurs.

Un deuxième texte, signé Christian Viviani, s’intéresse au sous-titrage dans le cinéma américain. En effet, lorsque qu’un cinéaste américain aborde une culture étrangère, il se doit, par soucis de réalisme, de recourir au multilinguisme. L’auteur de ce texte montre l’importance dramatique que prend le choix de sous-titrer ou de ne pas sous-titrer ces passages en langue étrangère, en s’appuyant sur divers exemples de Mr. Wu (1927) à la série Lost (2004) en passant par Chasse à l’homme (1941), Le Parrain (1972), French Connection II (1974) ou encore Danse avec les loups (1990).

Deux autres textes abordent deux autres formes de sous-titrage et leurs problématiques bien distinctes : le sous-titrage pour sourds et malentendants et le sous-titrage des documentaires.

On retrouve également des textes consacrés à la classification des sous-titres, au format des sous-titres (polices de caractères, couleur, boite de dialogue, nombre de lignes, positionnement sur l’écran, nombre de caractères, changement de séquence), aux aspects linguistiques du sous-titrage liés à l’interculturalité, ainsi qu’au rôle de l’image dans la traduction d’un texte multimodal avec une étude de cas de la série NYPD Blue.

Enfin, Jean-Marc Lavaur conclu l’ouvrage en s’intéressant à la compréhension des films sous-titrés. Pour cela, il cerne les activités cognitives que les spectateurs développent quand ils visionnent un film en langue étrangère sous-titré. En s’appuyant sur trois expériences réalisées en laboratoire, il étudie l’effet des sous-titres sur la compréhension et la mémorisation du message filmique.

La Traduction audiovisuelle : approche interdisciplinaire du sous-titrage
- Jean-Marc Lavaur & Adriana Serban - De Boeck - 2008 - 158 p.

Il était une fois Walt Disney

Le Grand Palais présente «Il était une fois Walt Disney : aux sources de l’art des studios Disney », une exposition passionnante sur la création des plus célèbres dessins animés américains.

Plus qu’un dessinateur, Walt Disney est un directeur artistique. C’est lui qui supervisa la création des dessins animés, donna des orientations à ses dessinateurs. L’exposition s’attache donc d’abord à montrer au spectateur les sources d’inspirations des œuvres de Walt Disney. On y retrouve de nombreux livres illustrés, ramenés par Disney d’un long voyage en Europe en 1935. Principalement datés du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, ces livres ont servi d’inspiration à Disney que ce soit pour la création de personnages, de décors ou pour la mise en scène. On y retrouve notamment les gravures de Gustave Doré ou les dessins de Benjamin Rabier. Autre source d’inspiration majeure de Disney : le cinéma. Que ce soit dans les premiers Mickey, qui parodient ouvertement les classiques expressionnistes allemands et les grands succès hollywoodiens (Le Cabinet du Docteur Caligari, Frankenstein, King Kong, Les Temps modernes), ou dans ses célèbres longs métrages, Disney a prêté beaucoup d’attention aux œuvres cinématographiques. Ainsi on apprend que Joan Crawford a inspiré la ténébreuse reine de Blanche Neige et les sept nains ou que le Rebecca de Hitchcock a inspiré Cendrillon.

Les œuvres des dessinateurs de Disney sont bien sûr représentées. On peut y voir de nombreuses œuvres illustrant les diverses étapes de la création d’un dessin animé. Cela va du simple croquis préparatoire à la création du personnage aux aquarelles, gouaches et huiles sur verre en passant par les décors de production en celluloïd ou les modèles d’animations, ces personnages en plâtre peint ou parfois en cire, utilisés comme modèles par les dessinateurs. Des extraits de films sont également projetés le long du parcours. L’occasion de redécouvrir ces chefs d’œuvres que l’on n’a plus revus depuis l’enfance. Parmi les plus représentés Fantasia, La Belle au Bois Dormant, Le Livre de la Jungle, Pinocchio, Blanche Neige et les sept nains, Peter Pan, Alice au pays des merveilles et Cendrillon.

A noter également la présence de la maquette du château de La Belle au bois dormant conçu en 1990 pour Eurodisney ou l’Oscar reçu par Walt Disney pour Blanche Neige et les sept nains, accompagné de sept Oscars miniatures.

L’avant-dernière salle est consacrée à Destino, projet de collaboration de Walt Disney et de Salvador Dali. Les deux hommes avaient entrepris un dessin animé surréaliste. Le projet a avorté mais l’exposition présente des dessins à l’encre et des aquarelles et huiles faites par Dali pour Destino. Le projet était dans un état suffisamment avancé pour que l’on puisse en tirer un film de 6 minutes projeté à l’exposition.

Enfin, la dernière salle est dédiée aux œuvres contemporaines inspirées de Disney. Ainsi la boucle est bouclée. L’art se nourrit de l’art et se recycle sans cesse. On y retrouve entre autres Andy Warhol et Ray Lichtenstein.

Il était une fois Walt Disney : aux sources de l’art des studios Disney, du 16 septembre 2006 au 15 janvier 2007 aux Galeries nationales du Grand Palais.

Marilyn : la dernière séance

Le musée Maillol propose du 29 juin au 30 octobre, une exposition de portraits de Marilyn Monroe pris par le photographe Bert Stern, pour le magazine Vogue, peu de temps avant la mort de l’actrice en 1962. Troublant.

Les photos exposées ont été prises en deux temps. La première séance a duré 12 heures, apprend-on. Douze heures que Marilyn, Bert Stern et l’agent de la star ont passé dans une suite de l’hôtel Bel-Air à Los Angeles avec quelques bouteilles de vin. Les photos de cette première séance sont trop dénudées pour le magazine Vogue qui commande alors une seconde séance de photos, plus sages.

Proposées pêle-mêle, sans aucun commentaire, les photos des deux séances sont mélangées. On y voit une Marilyn Monroe, maquillée, au look glamour, jouant avec des colliers ou se déguisant en Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany's.

Mais les photos les plus troublantes sont celles de la première séance. Marilyn nous apparaît incroyablement authentique, sans maquillage et nue ou jouant avec un voile qui ne cache en rien ses formes. Elle apparaît alors bien fatiguée, usée, et l’on découvre des défauts à ce corps qui semble si parfait dans les films : une multitude de grains de beauté, un petit nez en trompette si peu Hollywoodien et, sur le ventre, une cicatrice impressionnante. Pas de doute Marilyn est une simple femme et pas une déesse comme la mythologie hollywoodienne a voulu nous le faire croire. Pourtant ces imperfections et cette apparente fragilité renforcent le mythe et rendent l’actrice plus proche de nous que tant d’autres actrices à la plastique plus irréprochable. Et puis, bien sûr, il y a l’imminence de la mort, qui frappera Marilyn peu de temps après la prise de ces photos. Une mort tragique sur laquelle plane un insupportable mystère. La star l’ignore, le spectateur le sait et cherche en vain des réponses dans ce visage, dans ces yeux, comme si la vérité s’y trouvait cachée.

Marilyn, la dernière séance – Bert Stern
Du 29 juin au 30 octobre 2006
Musée Maillol – 61, rue de Grenelle 75006 Paris
Ouvert tous les jours sauf mardi et jours fériés, de 11h à 18h


Hollywood costards

Hollywood Costards est un livre magnifiquement illustré dont la finalité est d’apprendre aux hommes à s’habiller en prenant exemple sur les stars de cinéma. Mais attention, l’élégance à un prix !

« Pourquoi la plupart des hommes ne savent-ils pas s’habiller ? », se lamente l’auteur, Marion Maneker, dans son introduction. « Par manque d’imagination », répond-il alors, fataliste. Mais Maneker, journaliste de mode masculine pour le New York Magazine et GQ, ne se décourage pas pour autant et relève le défit fou d’apprendre aux hommes à s’habiller en s’appuyant sur le cinéma, principalement hollywoodien, et ses icônes d’hier et d’aujourd’hui.

Lorsque l’auteur dresse son hit-parade des acteurs les plus élégants, il cite avant-tout Fred Astaire, Gary Cooper, Cary Grant, Al Pacino, John Travolta, Sean Penn, Jeremy Irons, Jude Law et Steve McQueen. On retrouve d’ailleurs l’interprète de Bullitt dans presque tous les chapitres de ce livre, lui qui symbolise mieux qu’aucun autre l’élégance naturelle.

Magnifiquement illustré par des photos de stars, le livre apprend donc à choisir son costard, son smoking, sa tenue chic décontractée, sa tenue de week-end, sa tenue de soirée, ses cuirs et jeans, ses accessoires de mode et à porter le blanc, le noir et même pour les plus audacieux, les tenues à rayures, à carreaux ou à pois.

Il faut bien le reconnaître, les exemples sont souvent bien choisis et il y en a pour tous les hommes. Que vous soyez, grand ou petit, gros ou mince, blond ou brun, vous apprendrez à la lecture de ce livre ce qui vous convient le mieux. Une fois que vous aurez compris à quoi vous devez ressembler, ne croyez pas pour autant que le plus dur est fait.

En effet, vous relooker ne sera pas facile si vous disposez d’un budget moyen car l’auteur ne vous conseille pas du Celio. Pour ressembler à une star il faut porter des vêtements de stars comme le montre les références de l’auteur : Façonnable, Hugo Boss, Ralph Lauren, Zegna, Cerrutti, Giorgio Armani, Prada, Gucci, Dior ou encore Paul Smith. Autant dire que se constituer une garde-robe de star ne se fait pas du jour au lendemain et qu’il vous faudra beaucoup de patience et de restrictions pour y parvenir. Mais c’est bien connu, pour être beau il faut souffrir !

Hollywood Costards : leçons de style, leçons de stars, de Marion Maneker, Assouline, 2002, 168 p.

Masterclass William Friedkin

Le samedi 15 avril 2006, le cinéaste William Friedkin donnait une conférence à la Cinémathèque Française. L’occasion de donner quelques secrets de fabrication, de livrer sa vision du monde du cinéma et de donner des petits coups de griffes à Arnold Schwarzenegger.

William Friedkin fait partie de ces jeunes réalisateurs qui révolutionna le cinéma américain dans les années 70 avec des films comme French Connection ou L’Exorciste (voir le livre culte Le Nouvel Hollywood). Hélas la suite de sa carrière fut plus décevante. Loin des films pharaoniques de ses confrères Lucas, Spielberg ou Coppola, Friedkin dû se contenter de séries B que ne remarquèrent que les cinéphiles avertis.

Pour cette rencontre, l’équipe de la Cinémathèque a sélectionné trois extraits de films de Friedkin. Le premier est une poursuite en voiture éprouvante issue du film Police Fédérale Los Angeles. Le deuxième, issu du film Traqué, est une scène plus intimiste durant laquelle un tueur, interprété par Benicio Del Toro, vient retrouver son ex et sa petite fille mais doit faire face à Tommy Lee Jones qui le traque pour le FBI. Enfin, le troisième extrait, qui provient du film Le Convoi de la peur, montre un camion, conduit par Bruno Cremer, traverser un précipice sur un pont en suspension alors qu’une tempête fait rage.

Chaque extrait est suivi de questions et William Friedkin se montre à chaque fois très éloquent. A l’aise, debout, le micro à la main, il parcourt la scène en évoquant son travail avec beaucoup d’humour. Il décrit en détail les trucages visuels employés pour la scène de Police Fédérale Los Angeles ou les trucages sonores lorsque la tête de la petite fille possédée tourne à 360° dans L’Exorciste (le portefeuille de l’astucieux bruiteur Mexicain). Il donne aussi sa triste vision d’Hollywood, désormais dirigé par des financiers qui ne s’intéressent qu’aux chiffres et n’ont pas cet amour du septième art qu’auraient eu leurs aînés. Il en profite également pour égratigner de temps à autre Arnold Schwarzenegger pour qui il n’a visiblement pas voté. Enfin, Friedkin aborde le sujet de la direction d’acteur, comparant l’instinctif Tommy Lee Jones au complexe Benicio Del Toro, qui applique à la lettre la méthode de l’Actor’s Studio et a donc besoin de tout savoir sur son personnage.

A la fin, la parole est donnée au public pour d’ultimes questions avant que William Friedkin soit pris d’assaut par les amateurs d’autographes. Ceux-ci sont à la fête puisque, outre Friedkin, ils ont pu obtenir les signatures du metteur en scène Barbet Schroeder, du directeur de la photographie Darius Khondji et de Sherry Lansing, starlette des 70s devenue productrice à succès et première femme à avoir accédé à la direction d'un grand studio hollywoodien (20th Century Fox dans les années 80 puis la Paramount).