John Sheldrake vit reclus dans un immense entrepôt. Parcourant des kilomètres et des kilomètres d'étagères remplies de bobines de pellicule, il passe ses jours et ses nuits à visionner des films. Chaque semaine, il en présente un sur ce blog, avec une préférence pour des œuvres dont on ne parle plus guère.
Une bourgeoise annonce à son mari son intention de le tromper. Elle choisie pour cela le livreur qui se présente ce jour là. Les Fleurs du miel est un film assez laborieux, un film dans lequel les personnages sortent des tirades si bien tournées qu’ils donnent l’impression de lire des livres. Du moins c’est le cas de l’époux, un critique de cinéma, qui semble être la voix de Claude Faraldo, qui a écrit et réalisé ce film (il joue aussi le rôle du livreur). Il est beaucoup question de cinéma et de couple dans ces tirades vaines débitées devant le livreur, un pauvre bougre silencieux qui écoute, mal à l’aise, avant de pouvoir, à la fin du film, consommer Madame. Mais pourquoi faire de cette histoire un film ? C’est la question que l’on se pose tant l’image semble superflue. Cela aurait peut-être pu faire un bon livre ou une bonne dramatique radiophonique mais ce n’est pas du cinéma.
Les Fleurs du miel - France (1976), de Claude Faraldo, avec Brigitte Fossey, Gilles Ségal, Claude Faraldo. (Acheter le DVD sur Amazon)
New Jersey, années 30. Serveuse dans un resto minable, battue par un époux fainéant qui vit à ses crochets, Cecilia ne vit que pour aller au cinéma. Un jour le héros d’un film sort de l’écran pour lui déclarer sa flamme.
La Rose pourpre du Caire est une jolie fable, un peu amère, sur le pouvoir de la fiction et plus particulièrement du cinéma. Un hommage à ces histoires et ces personnages qui permettent aux hommes d’oublier la dureté de la vie, le temps d'une heure ou deux. Ainsi Cécilia, qui mène une vie particulièrement morose, voit et revoit un film mièvre intitulé « La Rose pourpre du Caire » dont Woody Allen s’est amusé à filmer de nombreuses scènes. Elle est séduite par un personnage de ce film, un homme parfait, qui sort de l’écran pour venir vivre avec elle dans le monde réel, un monde dans lequel il a bien du mal à s’adapter.
Et pendant ce temps, le reste des personnages paniquent, s’impatientent, discutent, incapables de faire face à ce bouleversement. Les spectateurs grondent. Les professionnels du cinéma tentent de réagir. C’est la partie la plus cocasse du film. Woody Allen fait mouche dans ces scènes particulièrement absurdes où personnages et spectateurs se disputent en vain. Puis intervient l’acteur principal du film qui courtise à son tour Cécilia pour tenter de ramener le personnage qu’il incarne dans le film. Cécilia devra alors choisir entre le comédien, imparfait mais bien réel, ou le personnage, parfait mais fictif.
Purple Rose of Cairo - USA (1985), de Woody Allen, avec Mia Farrow, Jeff Daniels, Danny Aiello, Dianne Wiest, Van Johnson, John Wood, Glenne Headly. (Acheter le DVD sur Amazon)
Un groupe d’amis fraîchement sortis de l’université a bien du mal à entrer dans la vie adulte. Tous ou presque semblent chercher un sens à leur vie et hésitent à s’engager sentimentalement et professionnellement.
Ce film sur une bande de copains fonctionne parfaitement. Joel Schumacher qui a réalisé le film et co-écrit le scénario semble avoir mis beaucoup de lui-même dans ce projet. Il a su créer des personnages crédibles et attachants dont on suit l’apprentissage avec plaisir. Un plaisir que ne partageaient pas les critiques de l’époque choqués par ces enfants gâtés, puérils et égocentriques. Il est vrai que ces personnages semblent parfois sortir d’un roman de Bret Easton Ellis mais quoi d’étonnant à cela, il s’agit d’un film des années 80, les années Yuppies. Aujourd’hui, ce film est intéressant car très représentatif de cette époque et il traite d’un thème, l’entrée dans la vie adulte (le couple, le travail, la politique), riche mais bizarrement sous exploité par Hollywood. L’autre intérêt du film est que Joel Schumacher ait su réunir un groupe de jeunes comédiens talentueux, Rob Lowe et Demi Moore en tête. L’alchimie entre eux est parfaite et quand le générique de fin arrive on espère une suite, un film qui nous raconte ce qu‘ils sont devenus, plus de vingt après.
St. Elmo’s Fire - USA (1985), de Joel Schumacher, Rob Lowe, Demi Moore, Andrew McCarthy, Judd Nelson, Ally Sheedy, Emilio Estevez, Mare Winningham, Martin Balsam, Andie McDowell.
Jeune employé dans un quotidien new-yorkais, Jamie Conway vient d’être largué par son épouse. Il passe ses soirées et ses nuits dans les boites de la ville et sniffe de la cocaïne nuit et jour alors que sa vie s’écroule.
Adapté le roman Bright Light, Big City n’est pas simple. Le réalisateur James Bridges s’y est cassé les dents même s’il avait confié le script à Jay McInerney, l'auteur du roman. Pourquoi un tel échec ? D’abord à cause du scénario défaillant qui ne parvient pas à instaurer l'ombre d'un suspense et à des personnages secondaires inexistants. La mise en scène est elle aussi coupable. Une mise en scène nerveuse et audacieuse comme celle de Roger Avary qui a su adapter l’inadaptable Les Lois de l’attraction avec succès aurait été plus adaptée à cette histoire que la mise en scène gentillette de James Bridges, digne d’un vulgaire téléfilm. Enfin on a beau aimer Michael J. Fox, force est de constater qu’il ne parvient pas à convaincre dans ce rôle de looser accroc à la coke. Les acteurs de comédies peuvent se révéler extraordinaires lorsqu’ils sont utilisés à contre-emploi dans des rôles dramatiques mais dans le cas des Feux de la nuit, c’est un fiasco. Concernant les autres comédiens, difficile de rendre compte de leur performance tant leurs personnages sont négligés et donc transparents. Dommage pour Kiefer Sutherland, Phoebe Cates et Dianne West. Seule la bande-son signée Donald Fagen est à la hauteur. Bright Light, Big City - USA (1988) de James Bridges, avec Michael J. Fox, Kiefer Sutherland, Phoebe Cates, Dianne West.
Alma, jeune femme issue de la bourgeoisie viennoise, épouse le compositeur et chef d’orchestre Gustav Malher avec qui elle fonde une famille. Mais elle s’éprend d’un autre homme...
Alma Malher était parait-il une femme remarquable. Le problème, c’est qu’il est bien difficile de comprendre pourquoi en regardant ce film. On y voit une belle femme qui passe d’un homme à l’autre. Certes ces hommes sont des célébrités (Klimt, Malher, Kokoschka… ) mais n’a-t-elle rien fait de plus admirable dans sa vie ? Bruce Beresford, qui est capable de mieux (Son alibi, Miss Daisy et son chauffeur), filme une succession de tableaux, qui représentent les différents moments clés de la vie de cette femme mais qui sont censés aussi rendre compte de Vienne et de sa vie artistique à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Malheureusement tout cela est filmé sans passion, avec peu de moyens et des images soignées qui semblent faites pour la télévision. En fait, tout semble bien artificiel à commencer par le jeu des comédiens et on n’y croit pas une seule seconde.
Bride of the Wind - Grande-Bretagne (2004), de Bruce Beresford, avec Sarah Wynter, Jonathan Pryce, Vincent Perez, Simon Verhoeven.
Une grande famille se retrouve dans un chalet pour les fêtes de fin d’année : trois générations de couples solidaires malgré les problèmes et les disputes.
Elie Chouraqui qui fut l’assistant de Claude Lelouch s’amuse à faire du Lelouch. Mais pas du grand Lelouch. Du petit Lelouch sympathique mais qui manquerait d’ambition et de profondeur. Le film rassemble plusieurs couples, tous très sympathiques, mais qui sont en crise. Hélas on a trop souvent l’impression de suivre les aventures de personnages et non pas de véritables personnes. Contrairement à son maître, Chouraqui ne parvient pas à créer des personnages crédibles. Pourtant les nombreux comédiens de ce film, souvent très talentueux, ne déméritent pas à commencer par André Dussolier et Gérard Lanvin. Le problème vient plutôt du scénario. Tout semble trop écrit et trop beau aussi, car le cinéaste et sa scénariste Danièle Thomson ont concocté pour chacun des couples un happy end. Pas de problème, tout est bien qui finit bien, ce n’est que du cinéma !
Les Marmottes - France (1993), d’Elie Chouraqui, avec Gérard Lanvin, André Dussolier, Jean-Hugues Anglade, Jacqueline Bisset, Christine Boisson, Marie Trintignant, Christopher Thomson, Virginie Ledoyen, Anne Roussel, Anouk Aimée, Daniel Gélin.
Une jeune bourgeoise s’ennuie dans sa vaste demeure en Suisse. Elle profite d’un voyage d’affaires de son mari pour rencontrer d’autres hommes.
Melancoly Baby est un film qui n’avance pas. Il ne s’y passe pas grand chose et la jeune femme au centre de l’histoire n’évolue pas. Ce film contemplatif, parfois trop verbeux, est d’un ennui mortel, les dialogues sont plats et inintéressants, les personnages sont peu crédibles et la mise en scène est médiocre. N’ayons pas peur de le dire, tout est raté. Ce film d’auteur est vide et le manque d’inspiration des scénaristes et de la réalisatrice est criant. Dans ces conditions, qu’importe la qualité et le charme des comédiens, ils ne peuvent rien pour sauver ce film. La seule réussite de Clarisse Gabus est de faire partager au spectateur l’ennui éprouvé par son héroïne.
Melancoly baby – France, Belgique, Suisse (1979) de Clarisse Gabus, avec Jane Birkin, François Beukelaers, Jean-Louis Trintignant, Jean-Luc Bideau.
Un cowboy est de retour dans sa ville natale le temps d’un rodéo. Il y retrouve ses parents et son frère, un arriviste dont les affaires marchent très bien et qui veut le convaincre de mettre un terme à ses activités.
Junior Bonner est un western moderne avec des cowboys qui ne jouent plus avec des armes à feu mais qui ont conservé leurs autres habitudes : rodéos et bagarres de saloon. Le personnage principal est un cowboy qui refuse de changer de vie malgré sa pauvreté et la dangerosité de son métier. Il préfère marcher dans les pas de son père et de ses ancêtres, quitte à être considéré comme un looser aux yeux de son frère, un homme d’affaires avide qui tourne le dos aux valeurs de sa famille et fait main basse sur les biens des siens pour s’enrichir. Ce film, qui tenait sans doute beaucoup à cœur à Steve McQueen, est un film sur la fin d’une époque, le renoncement à des valeurs qui ont fait l'histoire du pays, la perte d’identité d’un peuple, le tout presque filmé à la manière d’un documentaire. Hélas, le scénario manque singulièrement de consistance. Dénué de temps forts, le film est ennuyeux et l’on ne s’intéresse guère aux personnages, trop stéréotypés.
Junior Bonner - USA (1972), de Sam Peckinpah, avec Steve McQueen, Robert Preston, Ida Lupino, Ben Johnson, Barbara Leigh.
Un couple britannique se rend dans le sud de l’Italie le temps de vendre la propriété d’un oncle décédé. Il réalise dès le début du séjour qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre et profitent de Naples et de ses alentours séparément.
L’idée était bonne de mettre en scène un couple qui se défait lors d’un voyage mais Roberto Rossellini n’a sans doute pas été assez audacieux, ce qui nuit à la crédibilité de l’histoire. Ainsi quand Monsieur part en goguette à Capri, il garde suffisamment de sang froid pour ne pas tromper son épouse. Quant à Madame, elle est d’un ennui mortel. Et quel ennui de la suivre dans ses visites des monuments de la région ! L’aspect documentaire du film prend alors le pas sur la fiction et sur l’intrigue, finalement presque inexistante. En fait, l’ennui est tel et les personnages sont si peu intéressants que le film perd rapidement tout intérêt. Viaggio in Italia - Italie (1954), de Roberto Rossellini, avec Ingrid Bergman, George Sanders.
Un vieux veuf raciste, hanté par ses souvenirs de la guerre de Corée, apprend à connaître ses voisins asiatiques, s’y attache et les défend contre le gang qui les tourmente.
Un vieil homme bougon qui s’attache à un enfant et s’ouvre à la vie, un justicier solitaire qui vient en aide à de pauvres bougres sans défense… on a déjà vu cela bien souvent. Mais cette version d’une histoire que l’on peut sans crainte qualifier d’éculée est parfaitement réussie. On ne peut qu’être ému par ce portrait d’un vieil homme au grand cœur, aigri, et par son soudain retour à la vie grâce à l’amitié qu’il noue avec ses jeunes voisins. On apprécie aussi le soin minutieux avec lequel Clint Eastwood peint ses personnages et l’humour pudique qu’il distille tout au long de ce film, souvent nerveux et sombre. Au fond, il ne manque pas grand chose pour que Gran Torino soit un grand film. Sans doute est-ce cette histoire de gang, ce côté western moderne, qui est de trop.
Gran Torino - USA (2008), de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Christopher Carley, Bee Vang, Ahney Her, Brian Haley, John Carroll Lynch.
Un romancier se souvient d’un été où, enfant, il était parti en expédition avec trois amis pour retrouver le cadavre de la malheureuse victime d'un accident.
Avec cette fidèle adaptation d’une longue nouvelle de Stephen King, Rob Reiner se souvient de l’Amérique de sa jeunesse, celle du tout début des années 60. Mais c’est surtout les amitiés fortes, propres à cette période de la vie où l’on quitte l’enfance pour entrer doucement dans l’adolescence, que le cinéaste dépeint. Une peinture réussie grâce à la parfaite alchimie qui s’opèrent entre les quatre jeunes acteurs de ce film. Tous sont talentueux et ont poursuivi leur carrière de comédien après ce film mais on est surtout marqué par River Phoenix qui possédait déjà à 15 ans un charisme rare.
L'histoire est simple et belle et certaines scènes sont presque devenues cultes (les enfants qui courent sur un pont pour échapper au train, la marre aux sangsues, l'histoire du concours de bouffeurs de tartes). Stand By Me est un film touchant, un peu nostalgique et gentiment mélancolique que l’on peut voir et revoir avec le même plaisir. Stand By Me - USA (1986), de Rob Reiner, avec Wil Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O’Connell, Kiefer Sutherland, Richard Dreyfuss.
Des amis d'université, désormais trentenaires, se retrouvent le temps d’un week-end suite au décès d’un des leurs. Ils font le point sur leur vie, leurs succès, leurs déceptions.
Les Copains d’abord est le film d’une génération, celle des anciens hippies, devenus yuppies. La réunion de ce groupe d’amis qui ne se voyaient plus trop depuis la fin de leurs études et qui se retrouvent une décennie plus tard permet au cinéaste de s’interroger sur le sens de la vie. Ces jeunes adultes ambitieux qui gagnent bien leur vie ont-ils trahi les jeunes gens idéalistes qu’ils étaient ? Mais au-delà de cette question métaphysique à laquelle il est bien difficile de répondre, Lawrence Kasdan filme surtout des personnages attachants avec beaucoup d’humour et de tendresse. Et pour interpréter ces personnages, il a engagé de jeunes acteurs talentueux qui ont, pour la plupart, réalisé une belle carrière par la suite. Un film enthousiasmant.
The Big Chill - USA (1983) de Lawrence Kasdan, avec Kevin Kline, Glenn Close, Tom Berenger, William Hurt, Jeff Goldblum, Mary Kay Place, JoBeth Williams, Meg Tilly.
Une jeune femme de la bonne société, dont la famille est ruinée, choisit d’épouser un milliardaire qui l’indiffère plutôt que le jeune dramaturge dont elle est amoureuse. Elle regrette vite ce choix.
Ce conte pour petites filles de bonnes familles a de quoi dérouter le spectateur. Difficile en effet de s’attacher à ce personnage de pauvre petite fille riche qui doit faire des sacrifices pour maintenir son niveau de vie élevé, devant même parfois s’abaisser à travailler ! Néanmoins l’ensemble est plaisant grâce à un scénario bien ficelé avec de multiples rebondissements et une très bonne interprétation de Tallulah Bankhead. Cukor ne s’impose pas encore comme un grand maître mais il offre avec ce film une peinture intéressante de la haute société américaine des années folles, comme à son habitude.
Tarnished Lady - USA (1931), de George Cukor, avec Tallulah Bankhead, Clive Brooks, Phoebe Forster, Alexander Kirkland.
Naoya et Katsuhiro, deux jeunes gays, vivent ensemble. Mais Katsuhiro se retrouve soudainement harcelé par une collègue prête à tout pour l’épouser et une inconnue décidée à avoir un enfant de lui. Une situation qui se complique encore lorsque la famille s’en mêle.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Hush! n’est pas une comédie de boulevard façon La Cage aux folles. Il s’agit plutôt d’une comédie douce-amère qui aborde le problème de l’homosexualité, encore très tabou au Japon. Hush! traite aussi de l’angoisse des japonaises qui risquent de finir vieilles filles si elles ne sont pas mariées à 30 ans. Deux sujets de société délicats et une histoire qui oscille entre le drame et la comédie, cela aurait pu faire un bon film. Hélas le réalisateur donne surtout l’impression de n’avoir pas su choisir entre les deux genres et le film en souffre, d’autant que les scènes comiques sont souvent un peu exagérées et que le scénario ne décolle pas. La demi-heure passée on commence à beaucoup s’ennuyer malgré des comédiens attachants.
ハッシュ! - Japon (2001), de Ryosuke Hashiguchi, avec Kazuya Takahashi, Seiichi Tanabe, Reiko Kataoka, Yoko Akino.
Juan, un chômeur d’une cinquantaine d’années, reçoit en cadeau un beau chien de race, qu’il baptise « le chien » puis Bombon. Il fait la rencontre de Walter, dresseur de chien, qui voit là une bonne occasion de gagner un peu d’argent en présentant le chien à des concours et en vendant ses saillies. Peu à peu, Juan et Bombon, qui se ressemblent beaucoup, s’attachent l’un à l’autre.
Pour sa quatrième réalisation, le cinéaste argentin Carlos Sorin a concocté une histoire simple, éloignée de ces intrigues auxquelles on est habitué avec rebondissements, dialogues brillants et défilé d’émotions. Juste une tranche de vie filmée de manière minimaliste. Car tout est minimaliste dans Bombon el perro : l’histoire qui pourrait tenir en une page, les décors, des paysages désertiques à perte de vue, les personnages, des gens d’une grande simplicité à l’image de Juan, un brave homme doux et silencieux au regard incroyablement expressif. Ce parti pris du réalisateur donne au film un réalisme tel que l’on a parfois l’impression de voir un documentaire. Un effet voulu par Carlos Sorin qui a choisi des non-professionnels pour interpréter les personnages de son film.
Bombon el perro est un bon film, plusieurs fois primé, qui fait passer un bon moment mais sur lequel plane parfois l’ennui des existences ordinaires. Ce sont là les inconvénients du réalisme...
Bombon el perro – Argentine (2004) de Carlos Sorin, avec Juan Villegas, Walter Donado, Micol Estevez.
Pendant l'Occupation, deux comparses, amoureux de la même femme, décident de commettre un acte de résistance pour l'impressionner. Mais les choses tournent mal et les deux hommes sont pris en otage par les allemands...
Le fait que Jean Becker ait adapté Effroyables jardins, de Michel Quint, est surprenant. En effet, Becker s'était surtout illustré dans la comédie, dernièrement, alors que le très court roman de Quint est assez sombre. Que les nombreux amateurs du cinéma de Becker se rassurent, le cinéaste n'a pas renoncé pour autant à son style. Effroyables jardins est un film enjoué et agréable à regarder, dans la plus pure tradition du cinéma populaire français. Le film de Becker est fidèle au récit de Michel Quint mais le cinéaste a raconté l'histoire à sa manière, en créant une atmosphère de tendresse et de bonne humeur. Il a aussi mis en avant les personnages alors que ceux-ci semblaient plutôt être au service de l'histoire dans le roman. Un magnifique cadeau pour André Dussolier et Jacques Villeret, qui trouvent une fois de plus des rôles à la hauteur de leur talent, mais aussi pour les comédiens qui interprètent des personnages secondaires comme Thierry Lhermitte ou Isabelle Candelier.
Effroyables jardins - France (2003) de Jean Becker avec André Dussolier, Jacques Villeret, Thierry Lhermitte, Benoît Magimel, Isabelle Candelier, Suzanne Flon.
Massimo chante dans la rue. Il rencontre Shaa avec qui il va chanter et partager sa vie. Ils forment un beau duo mais le succès va les séparer. Autour d’eux, gravitent des couples qui se font et se défont sous le regard satisfait de Dieu.
Un Claude Lelouch est toujours un évènement même si les films précédant du cinéaste ont été très décevants. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que l’on aborde le premier volet de cette trilogie intitulée « Le Genre humain », d’autant que le casting laisse un peu à désirer : beaucoup de seconds couteaux et pas de star. Mais dès les premières images du film, on est rassuré. On retrouve immédiatement la magie Lelouch. Le cinéaste applique ses bonnes recettes personnelles : ses dialogues qui sonnent à la fois si vrai sur le moment puis tellement faux quand on y repense, ses irrésistibles marivaudages et scènes de séduction, sa croyance en une destinée qui régit nos vies et bien sûr sa musique. Le charme fou de la musique et des chansons composées par Francis Lai, compagnon de toujours, ici aidé par Pierre Barouh et le parolier Boris Bergman.
Tout marche à merveille. La "success story" de Massimo et Shaa sert de fil rouge à ces histoires de couples à la fois tristes et heureuses. Les seconds rôles sont interprétés par des acteurs et des actrices parfois assez rares au cinéma mais irréprochables et qui semblent éprouver un grand plaisir à jouer. On retiendra notamment les performances de Michel Leeb en roi de la pizza, d’Arielle Dombasle en actrice délurée, de Ticky Holgado, dont c’était le dernier rôle, en un Dieu jovial, et de Mathilde Seigner qui interprète deux sœurs jumelles qui vivent mal leur séparation. Hélas, pour une raison obscure, Claude Lelouch semble soudain oublier tous ces personnages qui faisaient le charme du film pour se concentrer sur Massimo et Shaa, leur séparation et leur impossible réconciliation. Massimo et Shaa qui vont jouer leur propre rôle dans un film de Claude Lelouch. Un film dans le film. Et l’on est un peu déçu, on aurait voulu savoir ce qu’ils sont devenus ces Parisiens. C’est qu’on s’était attaché à eux et c’était même un peu pour eux qu’on était venu voir le film… Le Genre humain, première partie : Les Parisiens – France (2004) de Claude Lelouch, avec Maïwenn Le Besco, Massimo Ranieri, Mathilde Seigner, Arielle Dombasle, Agnès Soral, Michel Leeb, Ticky Holgado, Philippe Khorsand, Pierre Santini, Michèle Bernier, Xavier Deluc, Alexandra Kazan, Richard Gotainer, Francis Perrin, Charles Gérard, Cristina Réali, Alessandra Martines, Claude Lelouch.
Nora, sur le point de se remarier, doit se rendre en province, au chevet de son père mourant. Pendant ce temps, Ismaël, l'ex de Nora, est interné de force dans un hôpital psychiatrique.
Rois et reine ce sont deux histoires qui ne se rejoignent pas ou presque. Deux films en un. Un suspense psychologique émouvant, parfois proche du fantastique, et une comédie burlesque hilarante.
Si les histoires sont si différentes c'est avant tout parce que tout oppose leurs personnages principaux, qui se sont pourtant aimés autrefois. D'un côté, Nora, froide et mystérieuse comme le personnage interprété par Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie ou Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé. Hantée par son passé, habituée à cacher ses émotions, elle affronte dignement ses malheurs. De l'autre côté, Ismaël, un personnage narcissique et dépressif à la Woody Allen, dôté en plus d'une bonne dose d'agressivité. Il ne lui arrive pas grand chose mais il se plaint constamment.
Si ces histoires sont très différentes sur la forme, elles se ressemblent sur le fond. Les deux personnages sont confrontés à une épreuve traumatisante qui va les obliger à faire le point sur leur vie, à affronter leur passé, et à se découvrir tels que les autres les voient. Tous deux sortiront grandis de cette épreuve.
Les interprétations d'Emmanuelle Devos et de Mathieu Amalric sont marquantes et les seconds rôles de Rois et reine ne passent pas inaperçus non plus à l'image de Catherine Deneuve, en médecin que rien ne surprend, et de Hippolyte Girardot, en avocat roublard et imprévisible qui semble tout droit sorti d'un film des Marx Brothers.
Scénario quatre étoiles, compositions d'acteurs mémorables auxquels il faut ajouter une mise en scène intelligente, une photographie soignée et un montage très découpé et stylisé , pas de doute Rois et reine est un grand film. Rois et reine - France (2004) d'Arnaud Desplechin, avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric, Catherine Deneuve, Maurice Garrel, Nathalie Boutefeu, Catherine Rouvel, Magali Woch, Hippolyte Girardot, Noémie Lvovsky, Joachim Salinger.
Au début du XIXe siècle aux Etats-Unis, une jeune fille, refusant l'éducation stricte que sa famille de la haute bourgeoisie lui propose, fugue. Elle se perd dans la forêt et rencontre la famille Tuck qui lui fait découvrir les petits bonheurs que procure une vie simple en harmonie avec la nature. Elle aimerait rester auprès des Tuck mais pour cela, il lui faudrait accepter de devenir comme eux, c'est à dire devenir immortelle et ne plus vieillir en buvant leur eau magique, convoité par un homme sans scrupules.
Tuck Everlasting est un produit Disney. Un conte propret pour jeunes filles, dépourvu d'images pouvant heurter leur sensibilité. Le genre de film que les chaînes de télévision programment dans l'après-midi, pendant les vacances de Noël. Et la mise en scène de Jay Russell, désespérément dépourvue de personnalité, n’arrange rien. Comme on plaint William Hurt, Ben Gazarra et Sissy Spacek d’avoir dû tourner cet insipide Tuck Everlasting qui ressemble à un téléfilm bas de gamme. Tuck Everlasting - USA (2002) de Jay Russell avec Alexis Bledel, William Hurt, Ben Gazarra, Amy Irving, Sissy Spacek.
Arrivée d’Autriche, la jeune Marie-Antoinette découvre la Cour de France et ses règles farfelues. Elle fait aussi la connaissance de son mari, le futur Louis XVI, un homme bien brave qui ne s’intéresse pas du tout à elle.
Sofia Coppola a choisi de peindre Marie-Antoinette, comme une brave fille enthousiaste, entourée de nobles médisants et parfois même vulgaires, comme cette malheureuse Comtesse du Barry qui ressemble ici à une putain de saloon tout droit sortie d’un western spaghetti. Quant au personnage de Marie-Antoinette, il n’est guère plus crédible. On s’attend à tout instant à voir Kirsten Dunst sortir du château en jean et en basket, une cannette de Coca à la main et un chewing-gum dans la bouche. Il faut dire que l’atroce musique new-wave choisie par la réalisatrice pour rythmer les séquences n’arrange rien. Quelle étrange vision de Versailles et de ses personnalités !
Plus grave encore que cette peinture risible des personnages de l’Histoire de France, le film est ennuyeux à mourir. Entre quelques images de la grande histoire (Marie-Antoinette se marie, Marie-Antoinette devient reine de France, la Révolution commence…), on suit la vie quotidienne (et visiblement sans grand intérêt) de Marie-Antoinette. La reine choisit des vêtements, des chaussures, mange des pâtisseries, discute de tout et surtout de rien avec son mari. Passionnant… Et l’histoire dans tout cela ? Et bien il n’y en a pas et ça dure plus de 2 heures !
Marie-Antoinette – USA (2006), de Sofia Coppola, avec Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Rip Torn, Molly Shannon, Asia Argento, Marianne Faithfull, Judy Davis, Steve Coogan, Aurore Clément, Rose Byrne, Mathieu Amalric.