John Sheldrake vit reclus dans un immense entrepôt. Parcourant des kilomètres et des kilomètres d'étagères remplies de bobines de pellicule, il passe ses jours et ses nuits à visionner des films. Chaque semaine, il en présente un sur ce blog, avec une préférence pour des œuvres dont on ne parle plus guère.
Guy, un type malhonnête et égocentrique, vient de perdre son emploi et son logement. Il s’incruste chez Françoise, la copine de son ami Daniel.
Ce classique de la comédie de moeurs française des années 80 n’atteint jamais des sommets mais se laisse voir avec plaisir. On ne peut que savourer la situation cocasse dans laquelle se retrouve ce très sympathique couple joué par Bernard Giraudeau et Thérèse Liotard dont la gentillesse est exploitée sans vergogne par Guy, un personnage atrocement antipathique joué par Michel Blanc. Guy s’incruste, se fait entretenir, reçoit ses copines et transforme vite la vie de ses hôtes en enfer. Ce film est devenu un bon témoignage sociologique sur la vie en France dans les années 80. Une part importante du film se déroule dans le quartier Olympiades dans le 13e arrondissement de Paris.
Viens chez moi, j’habite chez une copine - France (1981), de Patrice Leconte, avec Michel Blanc, Bernard Giraudeau, Thérèse Liotard, Anémone, Sylvie Granotier, Marie-Anne Chazel. (Acheter le DVD sur Amazon)
Une jeune femme appelle par erreur un prix Nobel d’astronomie et croyant parler à son amant elle lui annonce qu’elle va se suicider s’il ne la rejoint pas au Ruban bleu. L’astrologue décide de se rendre au cabaret parisien où se tient la première du nouveau spectacle afin de retrouver la jeune femme et l’empêcher de commettre l’irréparable.
Le scénario de ce film est d’une grande pauvreté. L’intrigue, traitée avec légèreté, n’est là que comme fil rouge pour nous faire découvrir l’intérieur d’un cabaret parisien très chic, avec ses numéros musicaux et comiques et ses danseuses à la poitrine dénudée. Dans le rôle principal, Michel Simon joue les braves hommes peu habitués à ce type de sorties. Il s’agit là d’un rôle insignifiant dans la carrière de ce grand comédien. Ce film à l’humour désuet, qui accumule les clichés, mérite bien l’oubli dans lequel il a sombré. Pourtant, les amateurs de music hall français de l’après-guerre pourront apprécier d’y retrouver de vieilles gloires telles que Patachou, Robert Lamoureux et le chef d’orchestre Ray Ventura qui nous offre sur la fin un long numéro assez réussi dans lequel on retrouve aussi le duo comique Roger Pierre et Jean-Marc Thibault. Ces personnalités donnent à ce film mineur un certain charme.
Femmes de Paris - France (1953), de Jean Boyer, avec Michel Simon, Brigitte Auber, Henri Génès, Micheline Dax. (Acheter le DVD sur Amazon)
Un escroc sympathique de haut vol se rend à Venise et se retrouve pris au piège dans une affaire d’espionnage.
Cela aurait pu être un film noir, inquiétant (ce viseur à infrarouge qui suit le héros et abat tous ceux qui l’approchent), mais c’est une comédie. Comme à son habitude, Georges Lautner (Les Tontons flingueurs, Ne nous fâchons pas) part d’une intrigue policière pour réaliser une œuvre comique qui flirte souvent ici avec le burlesque. Et comme tout Belmondo de cette grande époque, on a le droit à des numéros spectaculaires : Belmondo en caleçon blanc à poids rouge suspendu à un hélicoptère, Belmondo qui dévaste le hall d’un hôtel avec un hors-bord…
A tous ceux qui n’apprécient pas les pitreries de Belmondo, il est conseillé de prendre la fuite car l’acteur en fait des tonnes et l’on peut parler sans se tromper de cabotinage. Les spectateurs plus indulgents pourront apprécier ce spectacle divertissant à souhait servit par une pléiade de seconds rôles de grand talent qui récitent les dialogues réjouissants du grand Michel Audiard.
Le Guignolo - France (1980) de Georges Lautner, avec Jeam-Paul Belmondo, Carla Romanelli, Charles Gérard, Michel Galabru, Georges Géret, Michel Beaune, Henri Guibet, Philippe Castelli, Pierre Vernier. (Achetez le DVD sur Amazon)
Une bourgeoise annonce à son mari son intention de le tromper. Elle choisie pour cela le livreur qui se présente ce jour là. Les Fleurs du miel est un film assez laborieux, un film dans lequel les personnages sortent des tirades si bien tournées qu’ils donnent l’impression de lire des livres. Du moins c’est le cas de l’époux, un critique de cinéma, qui semble être la voix de Claude Faraldo, qui a écrit et réalisé ce film (il joue aussi le rôle du livreur). Il est beaucoup question de cinéma et de couple dans ces tirades vaines débitées devant le livreur, un pauvre bougre silencieux qui écoute, mal à l’aise, avant de pouvoir, à la fin du film, consommer Madame. Mais pourquoi faire de cette histoire un film ? C’est la question que l’on se pose tant l’image semble superflue. Cela aurait peut-être pu faire un bon livre ou une bonne dramatique radiophonique mais ce n’est pas du cinéma.
Les Fleurs du miel - France (1976), de Claude Faraldo, avec Brigitte Fossey, Gilles Ségal, Claude Faraldo. (Acheter le DVD sur Amazon)
Fantomas met en place un plan diabolique pour racketter les plus grosses fortunes de la planète. Ceux-ci, réunis dans un château en Écosse, font notamment appel au célèbre Commissaire Juve pour contrer les plans du criminel.
Fantomas et son plan qui se veut diabolique mais n’est que ridicule n’impressionne pas. D’ailleurs, ce personnage de légende qui fit trembler bien des lecteurs et des spectateurs au début du XXe siècle n’est plus vraiment au cœur de l’intrigue. Il n’est ici que le faire-valoir de Louis de Funès qui joue son petit numéro de méchant colérique habituel plutôt que d’interpréter le Commissaire Juve. Quant au journaliste Fandor, interprété par Jean Marais, il est devenu complètement inutile à l’intrigue si intrigue il y a… Si l’idée de faire de Fantomas une comédie policière n’était pas mauvaise, force est de constater qu’un seul film aurait suffit. Avec ce troisième et dernier volet, la série s’essouffle grandement. Fantomas contre Scotland Yard - France (1967) d’André Hunebelle, avec Louis de Funès, Jean Marais, Mylène Demongeot. (Acheter le coffret DVD Fantomas sur Amazon)
Menteur et séducteur, Tony Maréchal est un gigolo et un escroc. Il vit la belle vie et voyage auprès de ravissantes femmes du monde.
Dans ce film plein de charme, au rythme très enlevé, de Jean Becker, on retrouve un Belmondo au top de sa forme qui exécute avec brio son grand numéro de séducteur volubile et survolté. Il en fait des tonnes mais comment ne pas adorer ? Il est parfait dans la peau de ce personnage joueur et doté d’une imagination débordante, qui s’invente des personnages et imagine des histoires parfois abracadabrantes pour séduire et soutirer de l’argent à de ravissantes femmes fortunées. On rit de la crédulité de tout ces personnages et des nombreux quiproquos que les mensonges ne manquent pas de créer. C’est jouissif grâce notamment à une belle brochette de seconds rôles (Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Marcel Dalio, Maria Pacôme…) et de charmantes créatures (Mylène Demongeot, Nadja Tiller, Stefania Sandrelli). Un autre artisan de ce succès est le grand Michel Audiard qui a signé les dialogues de ce film avec le talent que l‘on sait.
Tendre voyou - France (1966) de Jean Becker, avec Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Marielle, Mylène Demongeot, Nadja Tiller, Philippe Noiret, Géraldine Page, Maria Pacôme, Marcel Dalio, Stefania Sandrelli, Micheline Dax, Robert Morley, Pierre Tornade. (Acheter le DVD sur Amazon)
Un jour, les morts des dix dernières années reviennent à la vie. Une municipalité doit faire face à cet afflux de population, les étudier et les réinsérer. Quant aux habitants, ils doivent se faire à l’idée que leurs morts sont de retour et apprendre à vivre avec eux. Et ce n’est pas facile car ces derniers ont un comportement très étrange...
Les morts qui reviennent à la vie par dizaines et marchent dans les rues, on a déjà vu ce genre de scène mais c’était toujours dans des films d’horreur et ces morts étaient toujours animés d’atroces intentions. Bizarre quand on y pense... C’est ce qu’a du se dire Robin Campillo, qui filme cette histoire fantastique avec réalisme. Du coup, les morts sont calmes et ne veulent de mal à personne.
Leur retour posent pourtant problème. Des problèmes sociétaux (comment retrouver leur famille ? Leur donner un toit ? Leur rendre leur travail ?) mais aussi des problèmes psychologiques pour les vivants qui voient leurs morts revenir : un parents, un enfant, ou un époux comme cela arrive à Rachel, campée par une Géraldine Pailhas très convaincante. On ressent alors un grand malaise mais aussi une inquiétude qui va crescendo car bien qu’inoffensifs, les morts inquiètent par leur comportement étrange. Pourquoi sont-ils si lents ? Pourquoi ne dorment-ils pas ? Que font-il la nuit ? Pourquoi se rassemblent-ils ? Les images glacées et la musique « lynchéenne » contribuent aussi pour beaucoup à rendre ce très bon film angoissant. Une œuvre unique et à voir.
Les Revenants - France (2004) de Robin Campillo, avec Géraldine Pailhas, Jonathan Zaccaï, Frédéric Pierrot, Victor Garrivier, Catherine Samie, Djemel Barek, Marie Matheron. (Acheter le DVD sur Amazon)
Jean travaille dans un salon de beauté. Amoureux de sa jeune patronne, il lui envoie une lettre d’amour anonyme. Celle-ci la recopie et l’envoie à sa mère pour l’aider à sortir de sa dépression.
Pierre Salvadori s’est imposé dès ses débuts comme un spécialiste de la comédie savoureuse et subtile. Avec De vrais mensonges, il réalise sans doute son meilleur film. Un film qui fait rire aux éclats grâce à une histoire bien construite, sans temps mort, autour d’une cascade de quiproquos. Le succès de cette histoire repose aussi sur ses interprètes et tout particulièrement sur Audrey Tautou. Souvent mal utilisée par le passé, l’actrice trouve dans ce film un rôle savoureux de petite peste qui lui va comme un gant. Quant à Nathalie Baye elle impressionne dans le rôle d’une femme délaissée qui courtise un malheureux homme qu’elle croit fou d’elle. Mention spéciale enfin pour Judith Chemla, hilarante dans le rôle d’une hôtesse d’accueil un peu lente et perturbée.
De vrais mensonges - France (2010) de Pierre Salvadori, avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, Sami Bouajila, Daniel Duval, Judith Chemla.
Un agent des services secrets américains devient l’homme de main d’un gros trafiquant français pour démanteler un trafic d’armes vers Cuba. Tout en menant son enquête, il protège son nouveau patron menacé par une bande rivale.
Du rififi à Paname, ce titre fait penser aux bons vieux polars français écrits par Michel Audiard mais le grand dialoguiste n’est pas de l’aventure, remplacé et imité par le talentueux Alphonse Boudard. Les dialogues sont plaisants mais l’histoire d’un premier abord très compliquée mais en fait assez simple n’a rien de captivant. Tout est fait pour nous faire croire à un grand film international (quelques scènes filmées à Tokyo, Londres et Munich, la présence de George Raft et de Gert Froebe) mais derrière ces artifices qui ne trompent personne, on décèle le petit produit français classique filmé sans talent par Denys de La Patellière. Tout n’est que prétexte pour nous montrer Jean Gabin faire son numéro habituel de vieux malfrat bougon. Et comme celui-ci n’est plus de la première jeunesse, on lui a mis dans les pattes un second personnage principal plus glamour et plus fougueux, le beau Claudio Brook, et l’on a rendu le produit un peu mode en y ajoutant quelques jeunes qui se déhanchent sur de la musique twist ou des strip-teaseuses qui enlèvent le haut. Un film décevant.
Du Rififi à Paname - France (1966), de Denys de La Patellière, avec Jean Gabin, Claudio Brook, Gert Froebe, Marcel Bozzuffi, George Raft, Nadja Tiller, Daniel Ceccaldi, Mireille Darc, Claude Brasseur. (Acheter le DVD sur Amazon)
Après l’assassinat de son principal indic, l’inspecteur Palouzi et ses coéquipiers sont décidés à faire tomber une fois pour toute Roger Massina, le caïd local. Pour cela ils partent à la recherche d’une nouvelle balance et leur choix se porte sur Dédé, un gangster sur le déclin et sa compagne, Nicole, prostituée.
La Balance, César du meilleur film en 1983, est le grand polar français des années 80. Un film que l’on peut voir et revoir sans se lasser. Tout marche parfaitement : une intrigue bien ficelée, des personnages crédibles parfaitement interprétés, des seconds rôles attachants et en plus de l’action, de la vraie, à l’américaine. Les bandits sont abjects mais certains d’entre eux sont attendrissant comme le malheureux Dédé, interprété par Philippe Léotard qui a obtenu le César du meilleur acteur pour ce film. Sa touchante histoire d’amour avec Nicole (Nathalie Baye, César de la meilleure actrice pour ce rôle), une prostituée, est au cœur du film. Les personnages de flics, bien qu’au premier plan, sont secondaires dans la mesure où ils ne sont pas développés. Ils sont donc un peu caricaturaux mais séduisants, notamment Richard Berry en flic cool mais prêt à tout pour parvenir à ses fins, et son acolyte Christophe Malavoy. Mais le personnage principal de ce film, c’est peut être tout simplement Paris et notamment le quartier de Belleville et ses taudis malfamés. Un Paris filmé au début des années 80. Une autre époque.
La Balance - France (1982), de Bob Swaim, avec Nathalie Baye, Philippe Léotard, Richard Berry, Maurice Ronet, Christophe Malavoy, Tcheky Karyo, Bernard Freyd, Florent Pagny.
Une grande famille se retrouve dans un chalet pour les fêtes de fin d’année : trois générations de couples solidaires malgré les problèmes et les disputes.
Elie Chouraqui qui fut l’assistant de Claude Lelouch s’amuse à faire du Lelouch. Mais pas du grand Lelouch. Du petit Lelouch sympathique mais qui manquerait d’ambition et de profondeur. Le film rassemble plusieurs couples, tous très sympathiques, mais qui sont en crise. Hélas on a trop souvent l’impression de suivre les aventures de personnages et non pas de véritables personnes. Contrairement à son maître, Chouraqui ne parvient pas à créer des personnages crédibles. Pourtant les nombreux comédiens de ce film, souvent très talentueux, ne déméritent pas à commencer par André Dussolier et Gérard Lanvin. Le problème vient plutôt du scénario. Tout semble trop écrit et trop beau aussi, car le cinéaste et sa scénariste Danièle Thomson ont concocté pour chacun des couples un happy end. Pas de problème, tout est bien qui finit bien, ce n’est que du cinéma !
Les Marmottes - France (1993), d’Elie Chouraqui, avec Gérard Lanvin, André Dussolier, Jean-Hugues Anglade, Jacqueline Bisset, Christine Boisson, Marie Trintignant, Christopher Thomson, Virginie Ledoyen, Anne Roussel, Anouk Aimée, Daniel Gélin.
Une jeune bourgeoise s’ennuie dans sa vaste demeure en Suisse. Elle profite d’un voyage d’affaires de son mari pour rencontrer d’autres hommes.
Melancoly Baby est un film qui n’avance pas. Il ne s’y passe pas grand chose et la jeune femme au centre de l’histoire n’évolue pas. Ce film contemplatif, parfois trop verbeux, est d’un ennui mortel, les dialogues sont plats et inintéressants, les personnages sont peu crédibles et la mise en scène est médiocre. N’ayons pas peur de le dire, tout est raté. Ce film d’auteur est vide et le manque d’inspiration des scénaristes et de la réalisatrice est criant. Dans ces conditions, qu’importe la qualité et le charme des comédiens, ils ne peuvent rien pour sauver ce film. La seule réussite de Clarisse Gabus est de faire partager au spectateur l’ennui éprouvé par son héroïne.
Melancoly baby – France, Belgique, Suisse (1979) de Clarisse Gabus, avec Jane Birkin, François Beukelaers, Jean-Louis Trintignant, Jean-Luc Bideau.
Ce documentaire part à la rencontre des prostituées parisiennes, les fait parler d’elles, de leur histoire, de leur travail, de leurs peines. Il s’intéresse également à leurs revendications exprimées lors d’un meeting à la Mutualité à Paris.
Dans ce documentaire, plusieurs prostituées racontent leur quotidien, leurs passes, mais aussi comment et pourquoi elles ont commencé le métier (ce sont souvent des femmes abandonnées et sans ressources). Elle évoquent aussi leurs relations avec la police, les proxénètes, les féministes. Certaines semblent bien le vivre, d’autres sont de toute évidence mal dans leur peau. Les conversations sont très spontanées et se font souvent autour d’un verre. Cela permet une grande franchise comme dans ce passage où elles expliquent ne pas accepter de clients arabes, noirs ou portugais ou lorsqu’elles décrivent, le plus souvent en riant, les demandes les plus bizarres qui leur aient été faites. Parmi les autres scènes intéressantes, celle dans laquelle une prostituée discute de son métier avec des ouvrières dans un atelier de confection ou le meeting, très médiatique, organisé par les associations de prostituées à la Mutualité. Le film comporte aussi quelques reconstitutions (la passe standard, la rafle policière, la prostituée qui refuse un client arabe, la passe qui tourne mal) qui n’apportent pas grand chose.
Certes, on apprend peu de ce documentaire qui aborde en vrac les différentes problématiques de la prostitution mais on éprouve un grand plaisir à écouter ces femmes, intéressantes et parfois émouvantes, parler de leur métier et de leur vie. On appréciera particulièrement le charme de Claude Janna, qui tournera par la suite dans des films pornographiques, et le discours passionnant de Grisélidis Réal, prostituée mais aussi peintre et écrivain. En leur donnant la parole et en les laissant parler librement, Jean-François Davy a signé un document sociologique d’un intérêt évident, sur une superbe musique mélancolique d’Alan Reeves qui rappelle les mélodies de Francis Lai. Prostitution - France (1975), de Jean-François Davy.
Pendant l'Occupation, deux comparses, amoureux de la même femme, décident de commettre un acte de résistance pour l'impressionner. Mais les choses tournent mal et les deux hommes sont pris en otage par les allemands...
Le fait que Jean Becker ait adapté Effroyables jardins, de Michel Quint, est surprenant. En effet, Becker s'était surtout illustré dans la comédie, dernièrement, alors que le très court roman de Quint est assez sombre. Que les nombreux amateurs du cinéma de Becker se rassurent, le cinéaste n'a pas renoncé pour autant à son style. Effroyables jardins est un film enjoué et agréable à regarder, dans la plus pure tradition du cinéma populaire français. Le film de Becker est fidèle au récit de Michel Quint mais le cinéaste a raconté l'histoire à sa manière, en créant une atmosphère de tendresse et de bonne humeur. Il a aussi mis en avant les personnages alors que ceux-ci semblaient plutôt être au service de l'histoire dans le roman. Un magnifique cadeau pour André Dussolier et Jacques Villeret, qui trouvent une fois de plus des rôles à la hauteur de leur talent, mais aussi pour les comédiens qui interprètent des personnages secondaires comme Thierry Lhermitte ou Isabelle Candelier.
Effroyables jardins - France (2003) de Jean Becker avec André Dussolier, Jacques Villeret, Thierry Lhermitte, Benoît Magimel, Isabelle Candelier, Suzanne Flon.
Une romancière anglaise en panne d'inspiration s'installe dans la villa de son ami et éditeur quelque part à la campagne, dans le Lubéron. Elle espère pouvoir y travailler bien tranquillement lorsque débarque à l'improviste la fille secrète de l'éditeur, une lolita perverse qui va bouleverser son séjour.
Il y a quelque chose d'étrange, voire même de surréaliste, dans Swimming Pool. Pour parvenir à ce résultat, François Ozon joue en permanence avec les contrastes. Ainsi l'extrême netteté de l'image contraste avec l'ambiguïté des personnages. De même, la froideur et le calme apparent de la romancière anglaise contrastent avec la sensualité et la vitalité de la lolita. Contraste également entre la chaleur de la campagne du Lubéron et l'atmosphère glacée des scènes qui se déroulent dans la villa. Ombre et lumière, mensonge et vérité, fantasme et réalité, tout ces contrastes troublent, inquiètent et font perdre pied. On est surpris mais on aime.
Swimming Pool - France (2003) de François Ozon avec Charlotte Rampling, Ludivine Sagnier, Charles Dance.
Ruby (Jean Reno) est un vrai dur, un tueur froid et solitaire qui ne vit plus que pour se venger du gros bonnet de la pègre qui a assassiné la femme qu’il aimait. Un jeu d’enfant pour lui sauf qu’il va trouver sur sa route Quentin (de Montargis), un petit braqueur brave mais d’une telle stupidité que ni les prisons ni les hôpitaux psychiatriques n’en veulent. Et ce grand benêt qui se prend d’affection pour ce tueur, qu’il pense être son ami, ne va plus le lâcher.
Tais-toi ! est une vraie bonne comédie qui fait rire du début à la fin comme savait les faire Gérard Oury et qui, à n’en pas douter, provoquera la même hilarité à l’étranger qu’en France. Qu’on se le dise, ce film n’a rien à voir avec ces petites comédies bricolées autour de quelques gags éculés et situations amusantes du type La Vérité si je mens ou Le Boulet. Et quoi de plus logique puisque Tais-toi ! est l’œuvre du créateur du Diner de cons et du Placard.
Francis Veber qui a écrit le scénario et les dialogues de Tais-toi ! reste sur sa bonne lancée. La première partie de ce film dans laquelle les deux personnages principaux se rencontrent est véritablement hilarante. Difficile de reprendre son souffle entre deux fous rires tant le tempo est élevé. Les acteurs y sont pour beaucoup. Jean Reno joue les durs taciturnes comme il sait si bien le faire et Gérard Depardieu, ici à contre-emploi dans le rôle du con, surprend. On connaissait son talent de comédien et on l’avait déjà vu dans de nombreuses comédies mais jusque là, ce n’était pas lui qui faisait le pitre. L’acteur s’en donne à cœur joie dans ce rôle à la Bourvil, une vraie métamorphose ! Et cerise sur le gâteau, André Dussolier qui apparaît dans quelques scènes donne encore une fois le meilleur de lui-même.
La deuxième partie du film est une course-poursuite. Les scènes d’action volent alors un peu à la vedette aux scènes comiques mais on rigole toujours beaucoup. Il faut dire qu’il est désopilant de voir comment les deux personnages vivent cette aventure différemment. Ruby (Jean Reno) vit un véritable calvaire alors que Quentin (Gérard Depardieu) est aux anges, on le croirait en lune de miel. Bref vous l’avez compris, Tais-toi ! est à voir et a l'étoffe des grands classiques qui font le bonheur des chaînes de télévision.
Tais-toi ! – France (2003) de Jacques Veber, avec Gérard Depardieu, Jean Reno, Richard Berry, André Dussolier, Jean-Pierre Malo, Léonor Varela, Ticky Holgado, Michael Aumont.
Bernard Frédéric fut le meilleur sosie de Claude François avant de troquer ses vêtements à paillettes pour des costumes cravate d’employé de banque. Mais lorsqu’il apprend que la télévision organise un grand concours de sosies, il retrouve son complice Couscous, sosie de Michel Polnareff, et recrute de nouvelles « Bernadettes » pour recommencer la folle aventure des tournées de gala. Sa femme qui rêvait d’une vie rangée n’apprécie pas…
Évidemment le sujet est drôle et Benoît Poelvoorde est irrésistible en Bernard Frédéric. Mais pour faire un film, il faut suffisamment de péripéties et de rebondissements pour tenir le spectateur en haleine jusqu’au bout. Hélas, Yann Moix s’est contenté d’enchaîner les scènes attendues, en comptant sur la bêtise touchante du personnage de Bernard Frédéric et les numéros musicaux, kitsch à souhait, pour faire rire. Il ne réussit qu’à amuser.
Podium – France (2003) de Yann Moix, avec Benoît Poelvoorde, Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Marie Guillard, Evelyne Thomas.
Massimo chante dans la rue. Il rencontre Shaa avec qui il va chanter et partager sa vie. Ils forment un beau duo mais le succès va les séparer. Autour d’eux, gravitent des couples qui se font et se défont sous le regard satisfait de Dieu.
Un Claude Lelouch est toujours un évènement même si les films précédant du cinéaste ont été très décevants. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que l’on aborde le premier volet de cette trilogie intitulée « Le Genre humain », d’autant que le casting laisse un peu à désirer : beaucoup de seconds couteaux et pas de star. Mais dès les premières images du film, on est rassuré. On retrouve immédiatement la magie Lelouch. Le cinéaste applique ses bonnes recettes personnelles : ses dialogues qui sonnent à la fois si vrai sur le moment puis tellement faux quand on y repense, ses irrésistibles marivaudages et scènes de séduction, sa croyance en une destinée qui régit nos vies et bien sûr sa musique. Le charme fou de la musique et des chansons composées par Francis Lai, compagnon de toujours, ici aidé par Pierre Barouh et le parolier Boris Bergman.
Tout marche à merveille. La "success story" de Massimo et Shaa sert de fil rouge à ces histoires de couples à la fois tristes et heureuses. Les seconds rôles sont interprétés par des acteurs et des actrices parfois assez rares au cinéma mais irréprochables et qui semblent éprouver un grand plaisir à jouer. On retiendra notamment les performances de Michel Leeb en roi de la pizza, d’Arielle Dombasle en actrice délurée, de Ticky Holgado, dont c’était le dernier rôle, en un Dieu jovial, et de Mathilde Seigner qui interprète deux sœurs jumelles qui vivent mal leur séparation. Hélas, pour une raison obscure, Claude Lelouch semble soudain oublier tous ces personnages qui faisaient le charme du film pour se concentrer sur Massimo et Shaa, leur séparation et leur impossible réconciliation. Massimo et Shaa qui vont jouer leur propre rôle dans un film de Claude Lelouch. Un film dans le film. Et l’on est un peu déçu, on aurait voulu savoir ce qu’ils sont devenus ces Parisiens. C’est qu’on s’était attaché à eux et c’était même un peu pour eux qu’on était venu voir le film… Le Genre humain, première partie : Les Parisiens – France (2004) de Claude Lelouch, avec Maïwenn Le Besco, Massimo Ranieri, Mathilde Seigner, Arielle Dombasle, Agnès Soral, Michel Leeb, Ticky Holgado, Philippe Khorsand, Pierre Santini, Michèle Bernier, Xavier Deluc, Alexandra Kazan, Richard Gotainer, Francis Perrin, Charles Gérard, Cristina Réali, Alessandra Martines, Claude Lelouch.
Nora, sur le point de se remarier, doit se rendre en province, au chevet de son père mourant. Pendant ce temps, Ismaël, l'ex de Nora, est interné de force dans un hôpital psychiatrique.
Rois et reine ce sont deux histoires qui ne se rejoignent pas ou presque. Deux films en un. Un suspense psychologique émouvant, parfois proche du fantastique, et une comédie burlesque hilarante.
Si les histoires sont si différentes c'est avant tout parce que tout oppose leurs personnages principaux, qui se sont pourtant aimés autrefois. D'un côté, Nora, froide et mystérieuse comme le personnage interprété par Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie ou Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé. Hantée par son passé, habituée à cacher ses émotions, elle affronte dignement ses malheurs. De l'autre côté, Ismaël, un personnage narcissique et dépressif à la Woody Allen, dôté en plus d'une bonne dose d'agressivité. Il ne lui arrive pas grand chose mais il se plaint constamment.
Si ces histoires sont très différentes sur la forme, elles se ressemblent sur le fond. Les deux personnages sont confrontés à une épreuve traumatisante qui va les obliger à faire le point sur leur vie, à affronter leur passé, et à se découvrir tels que les autres les voient. Tous deux sortiront grandis de cette épreuve.
Les interprétations d'Emmanuelle Devos et de Mathieu Amalric sont marquantes et les seconds rôles de Rois et reine ne passent pas inaperçus non plus à l'image de Catherine Deneuve, en médecin que rien ne surprend, et de Hippolyte Girardot, en avocat roublard et imprévisible qui semble tout droit sorti d'un film des Marx Brothers.
Scénario quatre étoiles, compositions d'acteurs mémorables auxquels il faut ajouter une mise en scène intelligente, une photographie soignée et un montage très découpé et stylisé , pas de doute Rois et reine est un grand film. Rois et reine - France (2004) d'Arnaud Desplechin, avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric, Catherine Deneuve, Maurice Garrel, Nathalie Boutefeu, Catherine Rouvel, Magali Woch, Hippolyte Girardot, Noémie Lvovsky, Joachim Salinger.
Claude est un triste looser au look ringard, désespérément seul depuis une rupture douloureuse survenue deux ans plus tôt. Timide et renfermé, il semble avoir renoncé à chercher l’âme sœur, se contentant d’une vie sociale minimaliste : les soirées entre mecs organisées par ses collègues de bureau et les visites à sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Mais sa rencontre avec Serge, divorcé sans complexe, constamment à la recherche d’une nouvelle aventure, va changer sa vie. Ensemble ils vont se lancer à la recherche de la femme idéale.
Dès le début du film, on est séduit par les deux personnages principaux, Claude, le looser dépressif qui rappelle les personnages interprétés par Michel Blanc dans les années 80, et Serge, le coureur de jupons pathétique. Le mérite en revient aux acteurs qui forment un duo de haute volée. L’excellent Jean-Paul Rouve s’impose une fois de plus comme un comédien de premier plan alors que Gérard Depardieu montre qu’il n’est jamais aussi bon que dans les comédies.
Coup de chapeau aussi aux deux jeunes réalisateurs, Eric Toledano et Olivier Nakache, qui ont réussi un beau film tendre, basée sur un fait de société (les célibataires et toutes ces initiatives intéressées qui fleurissent autour d’eux : club de rencontres, speed-dating, rencontre sur le net…) et pas une simple machine à faire rire. Car certes la salle rit du début jusqu’à la fin mais, alors que les dialogues et les situations comiques s’enchaînent, apparaît en filigrane quelque chose de plus profond : la naissance d’une belle amitié entre deux hommes, bien différents l’un de l’autre mais unis par une même détresse. Et de conclure qu’il n’y a pas que l’amour qui peut changer une vie, que l’amitié aussi est un sentiment fort qui peut produire le même effet.
Je préfère qu’on reste amis… - France (2005) de Eric Toledano & Olivier Nakache, avec Jean-Paul Rouve, Gérard Depardieu, Annie Girardot, Lionel Abelanski.